8-M ou 8-mars ou Journée de la femme…
Dans sa série de portrait- « Sur ces femmes qui font des métiers d’hommes » – RFI a choisi, vendredi 6 mars, Maya Selva, la seule femme fabricante de cigares et qui évolue, depuis 20 ans, dans cet univers « feutré et masculin ». Et qui, en ce moment même, anime un grand voyage « initiatique » de journalistes et aficionados au Honduras. Sur le thème de « La Cosecha » (la récolte) : ce dimanche, ils sont à la fabrique San Judas Tadeo, à Danli . Et demain, ils visitent des pépinières de plants de tabac.
Mais, revenons au reportage. Un cigare fait par une femme ? « Mais ça ne veut rien dire », précise au cours de l’entretien Maya Selva, « quand je me suis lancée, je n’ai pas eu une sensation de transgression et si jamais j’avais affaire à une attitude hostile, je me sentais assez légitime pour ne pas y prêter attention ». De racines françaises par sa mère et honduriennes par son père, Maya Selva file, au début des années 90, au nord-ouest du Honduras pour découvrir les secrets de ces fameux cigares que son grand-père apprécie tant. Le cigare, disait-il à sa petite fille, c’est « un supplément d’âme ».
Ingénieure en génie informatique , consultante pour l’automobile à l’époque, elle part y faire ses classes sur le terrain : elle effectue des stages, observe et apprend, tout en faisant le tour d’une quinzaine de fabricants sur les trente qui existent localement. Avec sa culture française, elle aborde le cigare en utilisant les mots du vin (« terroir », « cepage ») pour caractériser l’identité et la recherche d’un goût particulier qui la guide pour faire ressortir la facette du tabac qu’elle recherche. Alors qu’hors Cuba et la République Dominicaine il n’est « de bon tabac qui vaille », Maya Selva se lance le défi d’initier les Français à ces goûts plus marqués en arômes de végétal, de bois … Surtout, ne pas imiter, mais créer sa propre recette.
Son initiative va convaincre parce qu’elle a réussi à créer des assemblages originaux où l’exigence de qualité entre en écho avec la culture gustative hexagonale. En 1995, Maya Selva lance sa propre marque, Flor de Selva, et sa palette de cigares à la palette aromatique … Aujourd’hui, l’entreprise – 90 personnes au Honduras et une équipe parisienne – réalise 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. Sa démarche originale et un travail acharné lui ont valu 25 récompenses en 20 ans.
Même si de nos jours le tabac est une plante qui évoque « le diable » (« en matière de santé publique »), pour Maya Selva, l’élaboration d’un cigare reste un artisanat, un pur produit agricole. C’est le temps qui a le dernier mot et les cultivateurs font de gros efforts pour adopter une agriculture raisonnée : « dès le départ, ça a été le sens de ma démarche, ma philosophie pour un projet respectueux de la nature ».
Féministe Maya Selva, que le reportage compare à « Carmen », (à quoi elle répond en souriant : « merci… merci à la belle héroïne de Bizet ») ?
Un peu … concède-t-elle en rêvant que le 8 mars aide les femmes à renouveler leurs discours, à réinventer les mots du commandement et de ses codes. Elle se réjouit que de jeunes trentenaires, filles de propriétaires de fabriques au Honduras, se sentent prêtes à se lancer à leur tour.




