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4 Juil 2012 | Observatoire
 

Interviewé par Le Figaro sur la polémique suscitée par ses propos sur le terrorisme de la lutte contre le tabagisme (voir Lemondedutabac du 2 juillet), l’écrivain et médecin, Christophe Rufin, récidive.

Répondant aux vives réactions de tabacologues, l’écrivain précise son propos : « Il y a une sorte de fanatisme autour de la lutte contre le tabagisme, beaucoup d’excès, particulièrement aux Etats-Unis ». Selon lui, le mode d’action des associations anti-tabac n’est pas le bon : « cette façon d’assimiler le tabagisme à un interdit est contre-productive, voire même dangereuse. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne les jeunes, qui ont souvent le goût de la transgression, de l’interdit. Les photos horribles affichées sur les paquets de cigarettes n’ont rien changé à leur consommation ».

Extraits de l’interview parue dans L’Amateur de Cigare de juillet/août • L’Amateur de Cigare : Alors fumer, c’est un luxe ou un vice ?

• Jean-Claude Rufin : Un plaisir en tout cas. Et, aujourd’hui, presque un acte militant ! Qu’on distribue l’Amateur de cigare à la sortie des écoles – avec un petit corona en prime ! -, je n’y suis pas favorable, mais je trouve qu’aujourd’hui la lutte contre le tabagisme vire au terrorisme. Comme toujours la prohibition – l’obsession de la vertu, l’hypocrisie, l’excès – a des conséquences déplorables, et l’on finit par obtenir un résultat contraire aux effets escomptés. Jamais à mon avis, les Etats totalitaires ne sont jamais allés aussi loin dans le contrôle des comportements individuels.

En démocratie, si l’on n’y prend garde, et avec les meilleures intentions du monde, on finit par imposer la dictature de la majorité, et cela dans tous les domaines – le vieux Tocqueville l’avait prédit ! Basta La responsabilité individuelle, ça existe, non ? Ce qui est mortel – et délicieux, bien sûr ! – c’est l’abus. « Seul l’excès m’apaise, disait Sagan ». On doit apprendre à se gouverner soi-même et à transiger avec son désir. Pas besoin de faire peur aux gens, d’agiter un épouvantail, il suffit de relire Montaigne.