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18 Oct 2026 | Profession
 

Nous reprenons une tribune libre de Mathilde Keszer-Goffard (présidente de Logista France / voir les 1er juillet 2026 et 26 juin 2026), publiée par La Tribune Dimanche.

Alors qu’une hausse de la fiscalité est envisagée sur le tabac, les buralistes dénoncent les conséquences de cette mesure sur le développement du commerce parallèle.
Depuis plusieurs mois, des députés relaient l’idée d’une génération sans tabac. Un amendement au PLFSS 2027 est même à deux doigts d’être voté par le Parlement (voir 16 octobre 2026 / interdiction générationnelle). Une telle proposition — si elle était définitivement adoptée — reviendrait à poser la première pierre de la prohibition du tabac.

À contrario, la mobilisation nationale des buralistes lancée en septembre (voir 12 septembre / buralistes) nous montre déjà quel en serait l’impact probable : l’explosion du commerce parallèle. Il s’agit d’un enjeu sanitaire, économique, fiscal et surtout de sécurité publique. Par commerce parallèle, on entend toute vente de tabac ayant lieu hors du réseau officiel des buralistes, qui détiennent le monopole de la vente au détail de tabac en France.
Ce qui saute aux yeux, c’est la mauvaise appréhension du phénomène, entretenue par les ONG antitabac qui ont un intérêt idéologique à maintenir la confusion.

Confusion sur la nature même du phénomène. Non, le commerce parallèle ne se résume pas au commerce transfrontalier, où le consommateur achète ses cigarettes hors de France afin de bénéficier de prix plus attractifs liés aux différences de fiscalité avec l’Andorre, l’Espagne, le Luxembourg ou l’Allemagne. Le phénomène est bien plus large et recouvre la contrebande, la contrefaçon ainsi que la vente à la sauvette, sur Internet ou via les réseaux sociaux. Ce nico-trafic est très bien structuré par des réseaux de criminalité organisée de plus en plus dangereux.
Il ne s’agit plus d’une simple fraude douanière, mais d’une activité majeure des réseaux criminels. En 2025, 28,6 % des organisations criminelles démantelées par les douanes opéraient dans ce secteur, contre 26 % en 2024.

La Cour des comptes européenne a alerté sur les faiblesses de la lutte contre le commerce illicite du tabac au sein de l’UE (voir le 28 septembre). Notre Cour des comptes s’est aussi saisie du sujet. Le commerce parallèle est désormais un enjeu de sécurité publique pour les buralistes, les transporteurs et toute la chaîne logistique.
Confusion sur les chiffres. Les estimations des organismes publics français et des études privées diffèrent fortement, notamment parce qu’elles ne couvrent pas toujours les mêmes champs : achats transfrontaliers, contrebande ou contrefaçon. L’enjeu n’est pas d’opposer les chiffres, mais d’en clarifier les périmètres afin de construire un diagnostic partagé. Sans mesure robuste, transparente et actualisée, l’action publique restera contestée et moins efficace.

Confusion sur la cause du phénomène. L’État, guidé par des impératifs sanitaires louables, a misé jusqu’ici l’essentiel de sa politique sur l’instrument fiscal : 84 % du prix de vente au détail d’un paquet. Mais les écarts de prix trop importants avec nos voisins créent des effets de contournement et rendent le trafic toujours plus rémunérateur. Sachant que la hausse vertigineuse des prix — 25 euros le paquet en 2032, promis par les antitabac — reviendrait à mettre en place de facto une prohibition par le prix. Le paradoxe, c’est que l’État ne profite même pas de la fiscalité, puisque le marché parallèle lui fait perdre entre 4 et 10 milliards d’euros de recettes chaque année.
Cette politique de prohibition économique est maintenant renforcée par une prohibition réglementaire, avec des interdictions ciblées concernant les autres produits nicotinés (puffs, sachets de nicotine) et, potentiellement, une interdiction générale de vente à toutes les personnes nées après 2009 en cas d’adoption de l’amendement.

Pourquoi la criminalité organisée a-t-elle investi ce marché ? Parce que le risque pénal est plus faible et, surtout, parce que les marges y sont colossales, car garanties par l’écart de prix ou une future prohibition générale. Un paquet de cigarettes contrefaites revient à moins de 0,80 euro pour être revendu entre 4 et 5 euros à la sauvette… quand il vaut 13 euros chez un buraliste.

On comprend les buralistes, profession en souffrance manifestant contre une pression fiscale ininterrompue, devenue le carburant du commerce parallèle qui détruit leur activité. S’ajoutent à cela une insécurité croissante et des violences qui touchent l’ensemble de la filière.

Le nico-trafic n’est ni un sujet périphérique ni un sujet corporatiste. C’est un véritable enjeu de sécurité publique qui appelle une réponse collective adaptée, documentée et européenne.

La priorité est de reprendre le contrôle du marché et non d’affaiblir le seul circuit qui respecte les règles légales par des amendements adoptés à la sauvette. Il faut agir maintenant contre le nico-trafic.