Nous revenons sur le dernier Livre Blanc de Logista (« Marché de la nicotine : comment reprendre le contrôle » / Voir 1er juillet et 26 juin) avec un extrait significatif sur la gravité du marché parallèle du tabac en France. Utile rappel.
Selon les chiffres, plus de la moitié de la consommation de tabac échappe aux buralistes.
Se rendre au bureau de tabac pour acheter son paquet de cigarettes est un réflexe de moins en moins répandu.
Certains se détournent du tabac pour des raisons de santé, mais ils sont bien plus nombreux à s’éloigner des buralistes pour leur préférer des canaux alternatifs.
L’étude TAFE (Tabac échappant à la fiscalité nationale), publiée en 2025 pour la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), estime que la consommation nationale de tabac échappant à la fiscalité française est comprise entre 12,3 % et 22,4 % (voir 5 novembre 2025).
D’autres sources évoquent des chiffres bien plus importants.
Une étude réalisée par EY-Parthenon estime que le marché parallèle représente 38 % du marché total des produits du tabac.
En juin 2026, un rapport produit par KPMG a même évalué la part du marché parallèle à 53,6 %. Il indique notamment que 41,4 % des cigarettes consommées en France sont identifiées comme des cigarettes de contrebande et 37,6 % de contrefaçon (voir 9 juin 2026).
Quant aux buralistes, leur Confédération estime que la contrebande de tabac représente entre 30 et 40 % des ventes de tabac en France.
De quoi rénover au moins 1 500 écoles chaque année.
Cette diversité de chiffres traduit le fait que la part du tabac ne relevant pas du marché officiel est naturellement difficile à estimer. Elle recouvre à la fois les achats réalisés à l’étranger et le commerce illégal issu de contrebandes et de contrefaçons. Ni l’un ni l’autre ne relève de statistiques officielles et, selon les sources, les méthodologies varient pour essayer de déterminer les montants en jeu.
En tout cas, le manque à gagner pour l’État est loin d’être anecdotique.
Selon que l’on prenne l’une ou l’autre de ces études, on peut estimer que le marché parallèle a entraîné une perte fiscale pour l’État comprise entre 4 et plus de 10 milliards d’euros. Cela équivaut, dans la fourchette basse, environ au budget du ministère de la Culture ou à la rénovation globale de plus de 1 500 écoles. Dans un contexte de tension budgétaire durable, la maîtrise du marché parallèle constitue ainsi un enjeu majeur pour les finances publiques.
La stratégie française a créé un marché parallèle en pleine croissance.
Depuis plus de vingt ans, la stratégie française de lutte contre le tabac repose sur une hausse régulière et soutenue de la fiscalité, avec un objectif clair : réduire la consommation par le levier du prix. Cette politique a produit des effets sur la prévalence tabagique.
Mais elle contribue aussi à engendrer un marché parallèle devenu structurel, massif et en croissance.
(À suivre)




