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2 Jan 2017 | Associations
 

C’est ce que laisse entendre la députée et présidente de l’Alliance contre le Tabac au détour d’un post, sur son blog, intitulé « Qu’est-ce qu’une opinion ? »

Elle pose cette sérieuse question à propos de l’interview que Sud-Ouest a sollicité auprès de Jean-Luc Renaud (président de la fédération Sud-Ouest des buralistes et secrétaire général de la Confédération) à propos du paquet neutre (voir Lmdt du 30 décembre).

Et comme Sud-Ouest ne s’est pas autorisé à solliciter les lumières de Michèle Delaunay, celle-ci s’essaie à un exercice de haute pédagogie pour regretter la parution de l’article, asséner des leçons de journalisme et nous dérouler un raisonnement passablement lourdingue. En substance (et nous nous efforçons de ne pas trahir un propos que l’on peut consulter sur son blog):

• Premier point. Toute opinion sur le tabac n’est pas bonne à dire

« Le droit consacre la liberté d’opinion » (…) « Rien n’est pourtant dit d’une opinion qui atteint à la vérité scientifique et à l’exactitude des faits » (…) « Doit-il en être de même de l’opinion publiée, soit par un média lui-même, soit à l’occasion d’une interview ? A-t-elle le droit d’aller au contraire des vérités démontrées ? Il en va bien sûr d’abord de l’éthique journalistique. Quel média titrerait aujourd’hui « la ceinture de sécurité ne sert à rien » ou encore « le tabac est définitivement bon pour la santé ».

Avec de tels exemples tirés par les cheveux, le tour est joué : toute opinion sur le sujet tabac n’est pas recevable, encore moins diffusable … Pour mieux comprendre, passons à la suite.

• Deuxième point. Il ne faut pas donner, comme cela, la parole à des buralistes qui ne savent pas de quoi ils parlent …

« Cet article rapporte l’opinion d’un buraliste sur le paquet neutre, alors que celui-ci n’est que très partiellement entré dans les linéaires de vente » (ndlr : ce qui nous prouve que Michèle Delaunay n’a pas dû beaucoup mettre les pieds chez un buraliste, vers le 30 décembre …). « On comprend à l’évidence que, utile ou non (ndlr : le paquet neutre), il n’a aujourd’hui aucune chance d’avoir pesé le moins du monde sur le volume des ventes.

« Or notre buraliste affirme le contraire. Il a le droit mais le journaliste a deux devoirs : 1-de l’interroger sur la brièveté du délai et son manque de signification. 2 – de ne pas mettre son affirmation en encadré au cœur de l’article » .

Quand on commence à dicter leur travail aux journalistes, on est pas loin de la tentation de la censure.

• Troisième point. La parole du buraliste ne compte pas, car elle est forcément manipulée

« Le contenu de l’interview est, as usual, un résumé des éléments de langage fournis par les cigarettiers : approximations, vérités falsifiées (ndlr : sur le nombre de fermetures de buralistes), déformations de faits (ndlr : sur la prévention en Allemagne), contradictions (ndlr: sur les ventes illicites) ».

Une rapide énumération – comme on balaie de la main des arguments gênants – qui dispense de vraiment répondre à ce que dit exactement Jean-Luc Renaud. À savoir : « si on veut protéger la santé, ce qui est légitime, menons alors une vraie politique de prévention comme en Allemagne, où le tabagisme diminue chez les jeunes alors qu’il n’y a pas de paquet neutre et que la publicité pour le tabac y est autorisée. Ce que nous demandons, surtout, c’est que les fumeurs achètent leur tabac chez nous et que l’État s’attaque vraiment au marché parallèle ».

• Quatrième point. Il faut un droit de réponse, chaque fois qu’un buraliste s’exprime

« Tout cela (ndlr :  l’interview de Jean-Luc Renaud) sans avis contraire mis en face à face (…) sans droit de réponse, sans question demandant des précisions ou opposant des faits.

« Pourquoi je râle ? Parce que le sujet est trop sérieux pour qu’on accorde une demi-page à un buraliste sans aucun rétablissement des vérités démontrées, ni sans aucune mise en perspective ».

D’ici que Michèle Delaunay émette une proposition de loi imposant la publication d’un avertissement sanitaire chaque fois qu’un buraliste s’ exprime dans la presse, il n’y a qu’un pas.