Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements liés directement ou indirectement au tabac
6 Juil 2026 | Associations
 

L’Assurance maladie propose d’interdire la vente de tabac pour les personnes nées à partir de 2009 dans l’objectif de créer une génération sans tabac, à l’instar de ce qu’a mis en place le Royaume-Uni (voir les 2, 3 et 4 juillet). L’association Contre-Feu s’en réjouit et y voit une potentielle « avancée majeure », tandis que certains lycéens interrogés sont plus dubitatifs.
C’est ainsi que débute un sujet de RMC du 3 juillet, de Lou Garnier, que nous reprenons.

Interdire la vente de cigarettes aux personnes nées après 2009 : c’est l’une des recommandations formulées par l’Assurance maladie dans son rapport annuel publié ce 2 juillet. L’objectif est de protéger les jeunes des effets nocifs du tabac et de réduire les coûts du tabagisme pour les finances publiques, sur le modèle du Royaume-Uni (voir le 22 avril), qui a déjà adopté une telle mesure.

Cette recommandation pourrait relancer le débat autour d’une proposition de loi déposée par les écologistes à l’Assemblée nationale en novembre 2025. Selon l’Assurance maladie, la France est le troisième pays de l’Union européenne comptant le plus grand nombre de fumeurs quotidiens, derrière la Grèce et la Bulgarie. D’après Santé publique France, en 2024, 24 % des personnes âgées de 18 à 79 ans déclaraient fumer du tabac et 17,4 % en consommaient quotidiennement.

Des lycéens partagés sur la mesure

Chez les jeunes interrogés par RMC, la proposition est loin de faire l’unanimité. Fleur, lycéenne et fumeuse depuis deux ans, estime que la mesure ne l’empêcherait pas de se procurer des cigarettes. « Dans les bureaux de tabac, en général, ils ne demandent pas trop la carte d’identité. Ils vendent aux mineurs. Ils savent que ce n’est pas légal, mais on trouve quand même des moyens d’acheter partout. »

La lycéenne juge également la mesure « injuste » et trop répressive. « C’est une liberté. Les gens savent très bien les risques. Au bout d’un moment, il faut être responsable et savoir gérer. »

Pour Diane, une telle interdiction pourrait même avoir des effets pervers. « Si certains fument déjà et qu’on les prive tout de suite, ils pourraient acheter des cigarettes illégalement. » Elle estime qu’une telle mesure devrait s’accompagner de davantage de prévention et d’un accompagnement des fumeurs.

À l’inverse, Nelly y voit « un bon début ». « La cigarette, c’est un peu une drogue autorisée. Si on interdit la cocaïne, pourquoi n’interdirait-on pas la cigarette ? Ce n’est pas forcément une privation de liberté, c’est prendre soin des gens et les inciter à moins fumer. »

« Une avancée majeure » pour les défenseurs de la lutte antitabac

Pour Loïc Josseran, président de l’association Contre-Feu (anciennement Alliance contre le tabac), président de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et médecin de formation, cette recommandation constitue une avancée importante.

« Nous ne pouvons que souscrire à cette proposition de l’Assurance maladie. C’est une mesure que nous proposons depuis l’élection présidentielle de 2022. À l’époque, nous étions un peu moins ambitieux : nous visions les jeunes nés à partir de 2014. L’Assurance maladie propose aujourd’hui d’interdire la vente aux personnes nées à partir de 2009. Cela reviendrait, à partir de 2027, à une interdiction d’achat de ces produits au-delà de 18 ans. C’est véritablement une avancée majeure en matière de prévention dans ce pays. »

Face aux interrogations sur la constitutionnalité d’une telle mesure, il rappelle que la protection de la santé prime sur d’autres principes. « Le préambule de notre Constitution indique que la Nation doit garantir la santé à l’enfant, à la mère et au vieux travailleur. La question de la constitutionnalité avait déjà été soulevée au moment de la loi Évin. Il avait été reconnu que la santé devait primer. En 2020, le Conseil constitutionnel a également estimé que la santé prévalait sur la liberté d’entreprendre. »

« Faire respecter la loi avant tout »

Ancien gros fumeur, Jérôme, auditeur de RMC et conducteur routier, soutient lui aussi cette évolution. « Je suis ancien fumeur. Je suis tombé malade, je sais ce que c’est. J’ai fumé jusqu’à 69 cigarettes par jour. Le jour où j’ai arrêté de fumer, c’est quand j’ai été hospitalisé. J’ai arrêté depuis huit ans. Ce qui m’interpelle, c’est qu’en France, on a toujours peur d’aller au bout. »

Il évoque le risque de voir certains consommateurs se tourner vers les pays voisins pour acheter leur tabac. Pour Loïc Josseran, la réponse passe par une harmonisation européenne des politiques de lutte contre le tabac.

« Il y a un travail au niveau européen pour aller vers une harmonisation. Il est évident que le prix du tabac doit augmenter de manière générale à l’échelle européenne. Mais il faut regarder les chiffres : le marché noir représente moins de 5 % du marché du tabac. Plus de 80 % du tabac consommé en France est acheté dans des bureaux de tabac français. »

« Il faudrait que les buralistes soient davantage sanctionnés »

Le médecin estime surtout que la réglementation actuelle n’est pas suffisamment appliquée. « La loi en France n’est pas appliquée et deux tiers des buralistes vendent du tabac aux mineurs. À partir du moment où l’on ferait respecter cette loi, nous ne serions plus embêtés. Il faudrait que les buralistes soient davantage sanctionnés. L’Assurance maladie demande d’ailleurs d’élargir les contrôles effectués auprès des buralistes et qu’ils soient sanctionnés. Tant qu’il n’y aura pas de sanctions et que l’État continuera à investir des milliards pour soutenir cette activité. »

Selon lui, la réflexion doit désormais dépasser la seule cigarette. « Il faut aller plus loin que l’interdiction de la vente du tabac et s’intéresser à l’ensemble des produits nicotinés. Les buralistes et l’industrie du tabac ont compris que le tabac était un produit en perte de vitesse et se sont repositionnés sur le marché de la nicotine avec la vape. Un bureau de tabac aujourd’hui, c’est Disneyland en termes de couleurs et de goûts, on y trouve tout ce que l’on veut. Une chambre d’hôpital en fin de vie, ce n’est pas Disneyland. Il faut sortir de cela et aider les fumeurs à sortir du tabac. »

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.