
Dans un entretien exclusif, The New Siècle revient avec Thomas Courtois (président de Nickel) sur les choix stratégiques qui ont fait de Nickel une fintech à part, son positionnement face aux géants de la néobanque, les arbitrages technologiques et humains qui structurent sa croissance, ainsi que sa vision de l’avenir d’un modèle hybride entre disruption et proximité physique (voir aussi les 10 février 2026 et 27 mai 2025). Extraits.
Alors que la quasi-totalité des néobanques concurrentes (Revolut, N26, Lydia) misent sur une expérience 100 % dématérialisée, Nickel a construit son succès sur un réseau physique de buralistes. Dans un secteur fintech obsédé par le zéro-contact et l’app-first, ce choix d’ancrage physique n’est-il pas, paradoxalement, votre principale arme différenciante face aux néobanques ?
Thomas Courtois : « À l’heure où de nombreuses fintech misent sur le 100 % digital, notre modèle “phygital”, alliance unique du digital pour la gestion quotidienne et du physique pour l’ouverture du compte, les dépôts et retraits d’espèces est un vrai axe différenciant.
Le succès que connaît Nickel confirme d’ailleurs la pertinence du modèle.
Pourtant, peu de personnes croyaient au potentiel de Nickel à son lancement. “Qui irait ouvrir un compte dans un bureau de tabac ?” Et bien… Plus de 5 000 000 de personnes en Europe !
Ce succès valide la pertinence de ce modèle pour des millions de personnes : celles qui ne sont pas à l’aise avec le tout-digital, celles qui recherchent la confiance et la proximité d’un contact humain, celles qui ont besoin d’accéder facilement aux espèces, ou encore celles qui veulent un processus d’ouverture simple, rapide et abordable.
C’est une réinvention de l’accessibilité bancaire. Il nous permet de servir efficacement une large part de la population que nos concurrents 100 % digitaux ne peuvent pas atteindre. Un modèle effectivement disruptif, à contre-courant des tendances mais en parfaite adéquation avec les besoins réels de millions de personnes. » – Thomas Courtois
Vous avez piloté la bascule de Nickel d’une start-up à une infrastructure de paiement à grande échelle. Comment évite-t-on que la culture agile des débuts ne soit diluée par la nécessaire industrialisation des process ?
Thomas Courtois : « Mon arrivée en 2019 a coïncidé avec une phase de croissance exponentielle pour Nickel. L’entreprise, alors en pleine transformation, devait passer du stade de start-up à celui d’une infrastructure capable de gérer des millions de clients, tout en conservant son ADN.
Aujourd’hui, l’entreprise a bien évolué : nous nous sommes structurés, les équipes ont grandi et nos process sont devenus plus robustes.
Notre stratégie pour préserver cette agilité repose sur plusieurs piliers : une culture d’entreprise forte, incarnée et partagée, une organisation interne qui a évolué pour responsabiliser les équipes et les rendre plus autonomes sur leur périmètre, mais également des choix technologiques qui permettent une innovation continue, sans sacrifier la robustesse ni la sécurité.
Il s’agit de structurer sans rigidifier, d’innover sans perdre notre âme. C’est ce qui nous a permis de consolider notre croissance tout en restant fidèles à nos principes fondateurs. »
Nickel a réussi une implantation remarquée en Allemagne, marché pourtant considéré comme l’un des plus concurrentiels d’Europe pour les acteurs fintech. Quels ajustements stratégiques et techniques avez-vous opérés pour transposer votre modèle dans un pays qui n’a pas la culture du bureau de tabac ?
Thomas Courtois : « Chaque marché dans lequel Nickel s’est implanté a ses spécificités qui ont bien sûr été analysées. Mais même si le personnage du buraliste est très franco-français, il existe d’autres réseaux de proximité similaires dans d’autres pays.
Concernant notre dernier pays lancé, l’Allemagne, c’est un marché clé pour Nickel avec une population dense et une économie forte. Pas de bureau de tabac effectivement, mais des Lotto-Shops qui s’en rapprochent en termes de services, couverture géographique et amplitudes horaires (…)
Après avoir démocratisé le compte courant, Nickel a souhaité démocratiser les services financiers en proposant des offres d’assurance, d’épargne et de crédit grâce à l’expertise de partenaires. Pourquoi ? Car nos clients nous utilisent majoritairement comme compte principal et ont vu leurs besoins évoluer et s’élargir. On les a donc écoutés !
Mais un point crucial est à garder en tête : chaque nouvelle offre, chaque nouveau service et chaque innovation sont guidés par un but central, celui d’être simple et utile à nos clients. Et c’est le cas de nos dernières offres lancées, qui bénéficient d’un parcours simple, d’une expérience client fluide et de termes clairs. » (…)
Quelle est votre ambition pour Nickel dans les cinq prochaines années, à l’heure où la concurrence fintech s’intensifie et où les usages bancaires se transforment ?
Thomas Courtois : « Nickel n’a cessé de surprendre depuis son lancement en 2014 : initialement destiné aux populations exclues du système bancaire traditionnel, Nickel a depuis attiré de nombreux profils de clients, tous les profils de clients, et a diversifié ses offres et services pour satisfaire le plus grand nombre. Et les chiffres le prouvent, avec un taux de satisfaction (NPS) de près de 60 en Europe, fait rare dans notre secteur.
Nos trois grands objectifs pour les années à venir vont être d’investir dans notre marque et dans l’expérience globale de nos clients grâce à des partenariats impactants (et nous avons déjà commencé ! Offre Amazon Prime, musique live…), d’améliorer toujours plus notre efficacité opérationnelle pour maintenir un prix juste, et de renforcer et élargir notre offre dans le paiement, mais pas que ! »




