Offre supérieure à la demande, affrontements juridiques, concurrence des buralistes … Les boutiques spécialisées dans la vente de CBD s’interrogent sur leur avenir selon une dépêche AFP que nous reprenons.
« Le moment d’engouement est passé », observe le gérant d’une boutique de CBD à Orléans. L’offre est maintenant supérieure au « potentiel de consommateurs », explique celui qui a dû fermer une de ses enseignes à Vendôme, commune d’un peu plus de 15 000 habitants dans le Loir-et-Cher, ne faisant pas assez de bénéfices.
« Les boutiques dans les petites villes souffrent beaucoup. La concurrence est très rude », explique-t-il, « mais c’est la même chose dans les grandes villes ». À Orléans, cinq magasins de CBD ont ouvert dans le centre.
•• Le cannabidiol (CBD), la molécule non psychotrope du cannabis, a connu un élan de popularité depuis quelques années, favorisé par une législation plus favorable et son développement dans les secteurs des compléments alimentaires et cosmétiques.
En 2022, 10 % des Français adultes disaient avoir consommé du CBD, selon une étude de Santé Publique France. Aujourd’hui, après un boom, le nombre de boutiques de CBD s’établit autour de 2 000 (voir 29 février 2024).
Le nombre de consommateurs s’est stabilisé. Beaucoup d’anciens fumeurs de cannabis, qui utilisent le CBD comme produit de transition, finissent par s’en détourner. « Le CBD n’est pas addictif comme le tabac », explique le vendeur d’une boutique dans le 14ème arrondissement de Paris, qui a requis l’anonymat. Selon lui, le nombre de boutiques va donc devoir diminuer pour s’aligner sur la demande.
La concurrence vient aussi des boutiques en ligne qui n’ont pas les mêmes coûts de fonctionnement. « C’est la course au prix cassé sur internet », déplore le commerçant d’Orléans, « avec des produits à 30 centimes le gramme alors que c’est minimum deux euros en boutique ».
•• Les buralistes sont aussi de plus en plus nombreux à vendre des produits à base de CBD et sont déjà « bien implantés dans les villes et villages », explique Mathieu Luquet, cofondateur de Weedzy, une marque française de CBD destinée aux bureaux de tabac, qui évoque « un marché assez chaotique ».
« C’est comme avec l’essor de la cigarette électronique » souligne-t-il, « beaucoup de magasins se sont montés rapidement avant de fermer » au profit des buralistes également entrés sur le marché. (Voir aussi 10 octobre 2024).
•• Les gérants de « CBD shop » doivent aussi respecter un cadre réglementaire en constante évolution. L’Union des Professionnels du CBD déplore ce qu’elle estime être « une épée de Damoclès au-dessus de la tête des professionnels », inquiet que « certains vendeurs soient mal informés » sur les règles et la composition des produits qu’ils vendent.
Le flou juridique concerne également les consommateurs. Dans un arrêt du 21 juin 2023, la Cour de cassation a statué que la conduite sous l’emprise du CBD, si des traces de THC sont trouvées lors d’un dépistage, constituait une infraction. Autre incertitude : les denrées alimentaires produites à partir de fleurs de CBD qui, dans l’Union européenne, nécessitent une autorisation pour leur commercialisation.
Mais, faute d’études scientifiques concluantes, l’autorité européenne chargée de l’évaluation du risque n’a pas publié d’avis sur le CBD. Résultat : les produits alimentaires fabriqués à partir de fleurs de CBD se retrouvent sur le marché français de manière illégale.




