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1 Juin 2021 | Vapotage
 

Après un film intitulé « La nicotine : la drogue de l’avenir », Jérôme Chapuis, animateur de « Un Monde en docs » (Public Sénat), a donné, ce samedi 29 mai, le top départ à un débat sur « La cigarette électronique : un usage sans danger » …

Invités : Amine Benyamina (addictologue), Pascal Diethelm (vice-président du CNCT), Michèle Rivasi (députée européenne, Les Verts), Sébastien Béziau (vice-président de Sovape). Chacun a campé sur ses positions et même le journalise a reconnu, vers la fin, « on est un peu perdu ». Preuve que le sujet est loin d’avoir été épuisé.

•• Sur la nicotine

« Ce n’est pas la nicotine qui pose problème, c’est le reste » a précisé d’emblée l’addictologue. « La nicotine n’est pas quelque chose d’anodin … Dans la cigarette traditionnelle, elle a pour effet de maintenir l’addiction. Mais pour l’instant il n’y a pas de preuve qu’elle provoque des cancers » a ajouté Pascal Diethelm. « La nicotine, à travers les nouveaux produits, va être la nouvelle épidémie. Il y a toute une stratégie pour la banaliser » a renchéri Michèle Rivasi.

•• Sur l’e-cigarette 

« On raconte dans ce film que c’est l’industrie du tabac qui a inventé la vape et en est l’ultra-leader : c’est faux. L’industrie du tabac n’a pas vu venir la vape, les autorités sanitaires non plus, les associations anti-tabac non plus. Ce sont des fumeurs qui se sont organisés pour devenir des commerçants, des distributeurs. En France, le secteur est à 80 / 85 % entre les mains d’acteurs indépendants » a soutenu Sébastien Béziau.

« Beaucoup d’experts sont passés du négatif au positif et vice-et-versa au début. Force est de constater que les patients nous ont éduqué à la réalité et qu’il y avait une révolution en place. Les industriels ont saisi la balle et vendent des dispositifs plus « vertueux ». Ils en font un objet de profit et de transformation de leur industrie, on le sait » a défendu Amine Benyamina.

« L’e-cigarette n’est pas inoffensive mais les études disent qu’elle est moins nocive qu’une cigarette consumée … La vape française est servie par des fabricants, mais ça ne va pas durer. L’industrie du tabac va mettre le grappin dessus et va utiliser sa force frappe marketing. Elle veut cibler tout le monde et pas seulement les fumeurs qui ont du mal à arrêter : y compris les non-fumeurs, y compris les jeunes » a complété Pascal Diethelm.

« L’industrie se développera si on continue à lui déployer un tapis rouge et c’est ce qui se passe avec tous les projets de règlements. Le produit sera tellement complexe à fabriquer que seule l’industrie pourra supporter la charge » a estimé Sébastien Béziau.

•• Sur la réglementation

« Il y a une forte augmentation de la consommation des jeunes et puis le risque du de la passerelle » a précisé Michèle Rivasi. « S’il s’agit de substituts, il faut les soumettre à la réglementation sur les médicaments. De plus, il faut des efforts de clarification sur les ingrédients et des études plus poussées. Donc une réglementation plus stricte. L’objectif c’est une génération sans tabac et sans cigarette électronique en 2040 ».

« Dans les pays où l’industrie a plus de marge de manœuvre sur la publicité, des produits comme Juul se sont répandus à la vitesse grand V parmi les jeunes et maintenant il y a une cohorte de jeunes qui veulent sortir de l’e-cigarette » a renchéri Pascal Diethelm, « mais pour le fumeur, c’est une bonne alternative ».

Pour Amine Benyamina, « Il faut garder en tête l’équilibre bénéfice/risque. C’est pareil avec un médicament. Il ne faut pas oublier que l’arrivée de l’e-cigarette a révolutionné le comportement des consommateurs. Une grande partie n’était pas sensible aux substituts nicotiniques ou autres. Il faut aussi penser au degré de dépendance. Réglementer d’emblée et ne pas laisser un peu d’espace aux techniciens, c’est un problème. Pour moi, ce n’est pas un médicament, mais ça peut le devenir ».

•• Sur la taxation

Sans grande surprise Michèle Rivasi l’a défendue au grand dam de Sébastien Béziau. Lequel a eu beau jeu de rappeler malicieusement qu’à force de pénaliser l’e-cigarette, on faisait le jeu de l’industrie du tabac.

Somme toute, un débat où l’on ne s’est pas ennuyé et qui en appelle d’autres.