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15 Oct 2019 | E-cigarette
 

Libération (édition du 14 octobre) vient de consacrer un gros dossier de cinq pages sur l’e-cigarette dans l’environnement de la polémique née aux États-Unis sur de mauvais usages de la vape (voir Lmdt des 11, 5 et 4 octobre). Extraits.

•• « À Vapexpo, on craint le coup de tabac en France ».

Pour Patrick Bédué, fondateur du salon de Vapexpo, cette douzième édition serait un succès. Quelque 10 000 visiteurs auraient répondu présents sur les  8 000 mètres carrés d’exposition et sur des  stands réservés depuis longtemps. Il estime que ce rendez-vous a été l’occasion de rassurer tout le monde : « à chaque Vapexpo sa polémique. Il y a trois ans, un article mentionnait l’explosion d’une batterie de vapoteuse dans la poche d’une utilisatrice. L’information était vieille de quatre mois … ».

Mais selon plusieurs distributeurs rencontrés sur le salon par Libération, les conséquences du scandale des e-liquides « frelatés » américains commencent à se faire sentir. Pour Charly Pairaud, codirigeant de l’entreprise Vincent dans les vapes (VDLV / voir Lmdt du 29 septembre), « les distributeurs français ressentent une baisse de 25 % à 30 % des commandes. »

Cette baisse concerne essentiellement les petits équipements dits « kits simples », destinés aux débutants. « La mauvaise presse et la désinformation ont des conséquences sur la santé publique » assure-t-il, « sur les trois dernières années, l’augmentation des vapoteurs est liée à la baisse de consommation des fumeurs, elle n’a rien à voir avec le paquet neutre. Les résultats du mois sans tabac seront sûrement catastrophiques. »

•• « Rester vigilant est la moindre des choses » explique Benoît Vallet, Directeur général de la Santé sous Marisol Touraine. Aujourd’hui magistrat à la Cour des Comptes, il reste un des meilleurs et plus indépendants de ce dossier, selon Libération.

Refusant le terme d’hystérie, il estime que « cette séquence suscite une méfiance et une inquiétude dans les milieux sanitaires et au sein même des vapoteurs. Le vapotage est une pratique récente, elle a dix ans, ce qui ne permet pas un recul extraordinaire. Rappelons qu’il faut en moyenne quinze à vingt ans pour déclencher un cancer et autour de cinq à dix ans pour une maladie cardiaque. Rester vigilant est la moindre des choses ».

Le vapotage est aujourd’hui la meilleure façon de sortir du tabagisme : « c’est une méthode fortement utilisée car elle repose sur une dynamique comportementale proche du fait de fumer (…) Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : on a dénombré une baisse de plus de 100 000 fumeurs grâce au vapotage ».

•• « En vapotant, les ados inhalent des drogues de synthèse dangereuses », alerte Joëlle Micallef, présidente de l’Association française des Centres d’Addictovigilance. En 2015, un centre a identifié un premier cas hospitalisé après avoir consommé une drogue de synthèse par vapotage. Depuis une centaine de cas de troubles psychiatriques ou cardiaques ont été recensés à travers la France.

« Les adolescents dont on parle ici ne vapotent pas pour arrêter de fumer » précise-t-elle,  « le phénomène émergent est celui de l’achat d’e-liquide sur internet ou auprès des vendeurs de rue. Leur intention est souvent de vapoter un produit dérivé du cannabis. Sauf qu’en pratique, ils se trouvent à inhaler des drogues comme des cannabinoïdes de synthèse dont l’effet est 200 fois plus puissant que le THC ».

« Il faut informer sur cette pratique qui a été clairement identifiée en France par les pharmacologues du réseau français d’addictovigilance. C’est le sens de l’alerte que nous fait remonter à l’ANSM depuis plusieurs mois et conduit à la mise en place, en mai 2019, d’’une enquête nationale sur le vapotage des e-liquides par les jeunes. »