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Ce vendredi 27 février, l’Organisation mondiale de la Santé célébrait les dix ans de la Convention-Cadre pour la lutte anti-tabac. Le quotidien La Croix, de ce même jour , a pris le parti d’illustrer « l’événement » en revenant sur la « guerre de la cigarette entre Philip Morris et l’Uruguay ». Ambiance à Montevideo… avec un parti pris certain pour le petit pays, « pionnier dans ce combat » :  « c’est David contre Goliath ». Sauf que la belle histoire a ses limites. Celles du droit. Il convient de ne pas l’oublier par les temps qui courent.

UruguayEn  2006, le président d’alors, Tabaré Vasquez (à droite), avait fait de la lutte contre le tabac,  et de ses mesures fortes,  un marqueur politique  : interdiction de fumer dans les lieux publics, augmentation des taxes, limitation à un seul produit par marque, impression de messages anti-tabac sur 80 % des paquets …

Ce sont ces deux dernières mesures qui ont « provoqué la colère de Philip Morris, obligé de retirer sept des treize produits qu’il vendait en Uruguay », explique La Croix, qui mentionne l’action judiciaire lancée par Philip Morris, en février 2010  (voir Lmdt des 3 août, 13 et 12 mai 2014). Sachant que fin  2013, l’Uruguay perd une première manche devant le tribunal arbitral de la Banque mondiale.

« Le but de Philip Morris est de donner une leçon à l’Uruguay, héraut de la lutte contre le tabagisme et de faire peur aux autres pays en voie de développement qui voudraient suivre son exemple » déclare, dans l’article, le directeur régional de l’Alliance pour la CCLAT, Eduardo Bianco. A propos des 22 millions de dollars de dédommagements demandés par le fabricant, il s’étrangle : «  c’est plutôt l’Uruguay qui devrait faire un procès à Philip Morris pour sa responsabilité dans 15 à 20 % des morts causés par le tabac » (le reste étant attribué au fabricant  national Monte Paz).

La réponse de  Philip Morris est plus factuelle : « ces mesures ne respectent pas les standards du pays en matière de protection de propriété intellectuelle. Interdire des  produits légaux et restreindre l’utilisation de marques déposées est arbitraire et inutile, ainsi que déconnecté des véritables objectifs de santé publique ».

Pourtant, reprend La Croix, le taux de prévalence tabagique en Uruguay est tombé à 23 % (contre 32 % en 2006). Car fin 2014, sous la nouvelle présidence de José Mujica, le gouvernement a renforcé sa législation anti-tabac : taxes rehaussées, interdiction de toute publicité, interdiction de rendre visible les paquets dans les points de vente … « Si un client nous demande quelles marques nous avons, nous n’avons pas le droit de leur répondre  », raconte un kiosquier.

L’ironie du sort, c’est que Tabaré Vasquez est de retour : il a battu José Mujica(à gauche sur la photo) lors des dernières élections et va prendre ses fonctions, ce dimanche 1er mars. Il a déjà mis en pointillé la législation sur … la légalisation de la vente du cannabis de son prédécesseur  (voir Lmdt du 1er décembre).