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2 Juin 2017 | Trafic
 

De nombreux articles de presse sur le sujet de la traçabilité du tabac renvoient à une entreprise suisse au champ d’action international : Sicpa. Avec un traitement se prêtant souvent à la polémique (voir Lmdt des 6 mars 2017 ainsi que des 18 octobre 2016 ou du 13 novembre 2015).

Un nouvel article a été publié, ce 29 mai, par le site spécialisé Contrefaçon – Riposte (voir Lmdt du 10 mars 2017). Nous le reproduisons, en partie.

« Rendre compte de l’activité et de la stratégie du numéro un mondial des encres et technologies de sécurité et de son offre en matière de traçabilité sécurisée n’est pas simple tant l’entreprise a le culte du secret. Comme l’exprime Philippe Amon, président et CEO du Groupe Sicpa, « nous voyons des opportunités là ou beaucoup ne voient que des menaces ; ce que nous fabriquons n’est pas toujours visible, ce que nous faisons n’est pas toujours perceptible et la manière dont nous le faisons ne peut être révélée. » Ceci est même vrai pour ses clients qui n’ont pas accès aux secrets les plus intimes de la technologie.

•• De plus, l’entreprise suisse, qui fête cette année ses 90 ans, est toujours détenue par la famille Amon qui ne publie aucune donnée financière. Ce qui induit les plus folles spéculations. Seule l’évolution de ses effectifs aujourd’hui d’environ 3 000 personnes de plus de 50 nationalités — contre 2 200 personnes en 2010 — et l’expansion internationale de ces dernières années témoignent d’une certaine santé économique.

L’activité de Sicpa repose sur trois grands marchés : les encres et technologies de sécurité, notamment pour le billet de banque ou les procédures d’immigration, son activité historique ; les solutions intégrées de sécurité pour les gouvernements dont le premier contrat a été signé avec la Malaisie en 2004 ; enfin, depuis une dizaine d’années, la protection des produits et des marques pour l’industrie.

Selon nos estimations, les revenus de Sicpa proviennent principalement de ses clients institutionnels (dans les domaines des billets de banque, des documents d’identité et de la traçabilité sécurisée fiscale). Ces contrats passent pour être à la fois très importants et de longue durée.

•• Toutefois ces projets sont assortis de contraintes d’exploitation et de performances très contraignantes. Par exemple, au Maroc pas moins de 140 personnes assurent la gestion et la maintenance du système de traçabilité sécurisée. Ce type de contrat comporte aussi souvent des clauses de pénalités en cas de panne ou de retards dans les livraisons. La pénurie des produits taxés dans les magasins, même d’une seule journée, engendre immédiatement un manque à gagner important pour les États.

Une offre à la convergence de nombreux métiers

« Dès les années 30, Sicpa se lance dans la production d’encres pour l’impression commerciale. Une activité qu’elle vendra en 2005. Mais c’est en 1943 que l’entreprise fournit à l’Espagne une encre sécurisée pour l’impression d’un nouveau billet de banque. Depuis Sicpa est devenue le leader et la référence dans ce secteur. Ses encres de sécurité et personnalisées ont été utilisées dans la production de la majorité des 160 milliards de billets de banque que Sicpa estime avoir été imprimés dans le monde en 2015. SICPA travaille avec les banques centrales de la plupart des pays. En 1982, elle décroche le contrat du dollar, le billet vert américain. Ses technologies contribuent à concevoir et sécuriser l’euro, ainsi que la nouvelle série de billets suisses – dont la valeur de 20 CHF, la plus récente, cumule pas moins de 15 sécurités différentes dont une partie provient de chez Sicpa.

•• L’autre grand marché de Sicpa est la traçabilité sécurisée qui consiste à doter d’un timbre sécurisé ou à apposer une marque directe sur les produits soumis à des droits d’accises (tabac, alcools, bières, eaux minérales… et plus récemment le pétrole). Il s’agit, pour les États, de lutter contre la fraude fiscale, la contrebande, l’adultération de carburant et les sous-déclarations de production. Le premier contrat de ce type a été signé avec la Malaisie, en 2004, pour les produits du tabac. Depuis le contrat a été étendu à d’autres produits sensibles.

Parmi les pays clients de Sicpa citons notamment le Maroc (depuis 2011), la Turquie (2006), plusieurs États américains (dont la Californie (2005) et le Massachusetts), le Canada, le Brésil (2008), l’Albanie (2010), la Géorgie et le Kenya.

Une lutte rentable contre la fraude fiscale

« L’Albanie a mis en place en 2010 la solution « Sicpatrace » pour lutter contre la fraude fiscale et les trafics illicites pour les cigarettes et les boissons alcoolisées, avec le projet d’étendre le système aux médicaments.

La réputation des mafias albanaises n’étant plus à faire. La sous-déclaration fiscale de certaines productions comme les bières pouvait atteindre jusqu’à – 50 %. La mise en place du système « Sicpatrace » a permis à l’État albanais d’accroître ses recettes fiscales de +30 % à + 50 %. Des gains substantiels qui ont aussi motivé des pays comme la Turquie ou le Maroc de s’équiper.

Pour éliminer les fraudeurs, le système impose tout d’abord d’enregistrer les opérateurs économiques concernés. Ensuite, il procède à un marquage unitaire de 100 % de la production et de 100 % des produits importés (tabac ou alcools). Ce qui permet de détecter et de rendre les sous-déclarations impossibles pour les produits distribués dans les réseaux légitimes.

Une gamme de solutions multicouches ou multiniveaux

« Pour répondre à ce marché, Sicpa a entièrement développé en interne « Sicpatrace », une gamme de solutions de sécurité multicouches ou multi-niveaux très complète qui intègre des sécurités physiques visibles et invisibles (l’impression du timbre fiscal) et des sécurités numériques avec notamment la sérialisation (pour la première fois mise en œuvre sur les paquets de cigarettes en Californie en 2005).

•• Sicpa conçoit et développe ses propres machines d’impression de marques fiscales qui sont implantées chez des imprimeurs partenaires. D’autres machines sont capables, sur les chaînes d’emballage ou d’embouteillage, d’apposer les timbres fiscaux ou d’imprimer sans contact sur le produit lui-même le marquage (cas notamment de boîtes de bières métalliques). Lorsque la chaîne d’emballage peut traiter plusieurs produits soumis à des taxes différentes, le système est équipé d’un dispositif de reconnaissance qui photographie les produits sous différents angles afin d’éviter la fraude.

•• Les cadences peuvent atteindre jusqu’à 3 000 paquets de cigarettes par minute ! En bout de chaîne se trouvent des lecteurs de comptage et de vérification des codes unitaires et des QR Codes. Enfin, pour éviter tout détournement, le système contrôle les expéditions aux différents destinataires en procédant à l’agrégation des codes du produit individuel jusqu’à l’ensemble d’une cargaison (composées de cartons et de palettes). Toutes ces informations sont stockées dans des bases de données sécurisées que peuvent consulter et analyser les autorités de contrôle.

•• Enfin, Sicpa a aussi développé ses propres outils de vérification qui permettent aux contrôleurs de vérifier l’origine et la destination des produits sur le terrain. Le coût moyen du marquage varie selon les pays, la complexité de la législation, le volume de production et le nombre d’acteurs concernés.

L’ensemble de ces équipements, entièrement géré et sécurisé par Sicpa, est mis en place chez les producteurs. Les investissements initiaux sont supportés par Sicpa, les frais de gestion et de maintenance étant ensuite parfois supportés – pour partie – par les industriels selon décision gouvernementale.

•• L’efficacité de nos solutions pour lutter contre les trafics illicites, affirme Sicpa, a été saluée par des organisations internationales comme l’OMS (Organisation mondiale de la santé), l’UNICRI (United Nations Interregional Crime and Justice Research Institute) ou l’OMD (Organisation mondiale des douanes).