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26 Sep 2019 | Profession
 

La dernière usine de transformation française, basée à Sarlat, ferme ses portes (voir Lmdt des 28 août et 8 septembre). Les Échos (édition 25 septembre) consacre un grand article sur les 650 tabaculteurs (25 millions d’euros de chiffre d’affaires) encore en activité et dont l’avenir passe par des marchés de niche, comme le tabac à chicha ou des cigarettes originales. Extraits.

Si les rangs se sont éclaircis à ce point, c’est que cette culture, coûteuse en main-d’œuvre, n’est plus aussi rentable. Le prix de vente moyen du tabac brut se situe autour de 3 euros le kilogramme mais pour un temps de travail 100 fois supérieur à celui des céréales. En bout de chaîne, les grands industriels de la cigarette font désormais jouer à fond la concurrence avec les gros producteurs, comme le Brésil, le Malawi ou le Zimbabwe.

•• Ils font aussi payer à l’Europe sa politique anti-tabac : « il y a encore une décennie les multinationales tenaient compte des coûts locaux de production. Il y avait une sorte de renvoi d’ascenseur pour accéder aux marchés occidentaux. Le resserrement des politiques de santé publique a changé la donne » analyse Rémy Losser, président de France Tabac.

•• Ce qui reste de cette culture est-il condamné ? « Le nombre d’exploitants devrait tomber à moyen terme à 400 exploitants, étant donné l’âge moyen de la profession » estime François Vedel, porte-parole de France Tabac, qui précise : « on devrait avoir en revanche des professionnels plus impliqués dans la qualité. »

C’est le nœud du problème qui a contribué à couler l’usine de Sarlat, tiraillée entre le besoin de produire en quantité suffisante et une stratégie visant le haut de gamme : « nous avons souffert d’un manque de qualité qui nous a éloignés des standards internationaux » souffle Éric Tabanou, le directeur général.

•• Investir les marchés de niche est pourtant la seule issue possible.

Près de 80 % de la production repose déjà sur la variété Virginia, cultivée au nord de la Loire sur des exploitations mécanisées. Ce tabac pauvre en nicotine et plus sucré est très adapté au marché de la chicha, qui a le vent en poupe. « À Dubaï, en Jordanie ou en Égypte, l’étiquette « french tobacco » est très valorisante » assure Rémy Losser, qui cultive du Virginia dans le Bas-Rhin.

En revanche, l’avenir de la variété Burley, d’abord destinée au marché de la cigarette mais très concurrencée par l’étranger, est sombre. « Bassin historique de la culture du tabac, la Dordogne est probablement la zone qui va le plus souffrir » reconnaît François Vedel, qui va plus loin : « on peut même se demander s’il reste de la place pour cette culture dans un pays à fort niveau de vie, comme le nôtre. »

•• Pour d’autres, il existe une planche de salut c’est « l’adaptation » insiste Anna Malpica, qui dirige Bergerac Seed & Breeding, filiale de sept personnes de France Tabac qui a créé de nouvelles variétés de tabac : « le marché est en pleine mutation et a besoin de tabac très différent avec des équilibres chimiques variés plus ou moins riches en nicotine, aromatiques ou de textures différentes. Il existe des places à prendre sur des produits atypiques ou d’exception. La France en a la capacité. »

•• Clap de fin sur Traditab, « le petit acteur né en 2008 fait pourtant mieux que se défendre. Avec sa marque 1637, il pèse 5 % du marché du tabac à rouler face aux géants de la cigarette ».

Renonçant à construire sa propre usine, l’entreprise a préféré établir un partenariat avec Santelé, un fabricant familial de Belgique où l’absence de monopole a permis à nombre de petits acteurs de voir le jour. En 2016, les ventes ont décuplé. « Le terroir et une production régionale ont séduit le consommateur, notamment grâce à l’appui des buralistes qui nous ont fait confiance » explique Jérôme Duffieux.

Peu de temps après, Traditab souffre de l’instauration du paquet neutre imposé par la nouvelle législation. En 2017, nouveau coup dur. Pendant deux mois, l’entreprise se voit interdire de reporter l’augmentation des taxes sur son prix de vente (voir Lmdt du 31 mars 2017).

L’entreprise, qui emploie 33 personnes, dont 27 commerciaux, réalise un chiffre de 11 millions d’euros pour un résultat net de 6 % l’an dernier. « Nous restons fragiles car à la merci de changements dans la réglementation ou des taxes et d’un nouveau recul de la consommation française qui représentent 90 % de nos ventes » explique Jérôme Duffieux.

Si bien que Traditab, dont les ventes dépendent à 90 % de 1637, devrait lancer de nouveaux produits : liquide pour cigarette électronique, cigarillos et même cigares.