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10 Août 2018 | Profession
 

La publication des chiffres sur la baisse de la vente de tabac, constatée depuis le début de l’année chez les buralistes (voir Lmdt du 7 août), a suscité divers commentaires dans les médias (voir Lmdt du 9 août).

Mais cela a provoqué aussi un dialogue inattendu entre l’ancienne responsable politique Michèle Delaunay (ministre et députée, après une première carrière de cancérologue / voir Lmdt des 15 juillet 2018, 4 octobre 2017 et 19 octobre 2016) et Philippe Coy. À l’occasion de l’émission « Prenez la parole », sur Sud Radio, ce jeudi 9 août. Nous reportons, ici, un passage essentiel de la discussion :

Jean-Marie Bordry (Sud Radio) : « Je m’adresse au combatif Philippe Coy, attribuez-vous la baisse de 9 % du marché, depuis janvier dernier, à l’augmentation du prix du paquet de cigarettes ? »

• Philippe Coy : « Certainement … C’est un plan du Gouvernement, selon une programmation voulue par le Président de la République. Et nous avons d’ailleurs, dans ce cadre-là, négocié l’avenir du réseau à travers un plan de transformation. Oui, nous pouvons observer cette baisse du volume de cigarettes vendues. Mais j’observe également le nombre important de saisies réalisées par les brigades des Douanes, depuis le début de cette année, c’est un paramètre qu’il faut aussi savoir considérer … »

• Sud Radio : « Madame Delaunay, vous êtes heureuse, le paquet à 10 euros, c’est une de vos idées … »

• Michèle Delaunay : « …Parce que l’on sait grâce aux études internationales que, premièrement, le prix est le facteur dissuasif le plus important et, deuxièmement, qu’un seuil symbolique dans la monnaie du pays ajoute à l’efficacité. Le tabac est un serial-killer qui tue un fumeur sur deux. Le but est d’éviter cette consommation tellement dangereuse et coûteuse pour notre pays.

Je salue d’ailleurs la pondération avec laquelle le président de la Confédération s’exprime, rendant raison au contrat qui a été fait avec le Gouvernement. Un contrat très important mais qui vise la diversification et l’évolution de la profession, ô combien utile. C’est un pôle social, le buraliste … Je veux qu’ils évoluent comme eux-mêmes, aujourd’hui, l’ont compris.  »

• Philippe Coy : « … Je suis enchanté d’écouter vos propos. Je suis, moi-même, buraliste frontalier à Lescar dans les Pyrénées-Atlantiques et je n’ai jamais été hostile à un plan de santé raisonnable et raisonné. Par contre, l’outil fiscal utilisé, avant vous, par le professeur Mattei dans le cadre du plan de Monsieur Chirac, provoquant une hausse massive du prix des cigarettes, n’a contribué qu’à la création du marché parallèle.

Aujourd’hui, le sujet du tabac est un sujet de société et les buralistes sont des gens responsables, des femmes et des hommes engagés. Et je tiens à vous remercier du salut que vous donnez à cette profession.

Nous n’avons pas manifesté notre colère contre la santé publique, en tant que telle, mais contre certains dispositifs correspondant uniquement à de la pression fiscale.  Il nous a toujours semblé que la pédagogie et l’accompagnement aux fumeurs n’ont jamais été traités ici, tel qu’on a pu l’observer en Allemagne.

Donc, il y a un problème de santé publique et aucun des buralistes n’a dit le contraire sauf … qu’il y a un produit légal s’appelant le tabac et que l’État nous accorde un contrat de gérance pour le vendre.  Aujourd’hui, sous mon impulsion et avec l’ensemble de mes collègues, nous avons pleinement conscience des enjeux de société auxquels est confronté ce métier historique … mais ce n’est pas nous qui avons créé le tabac.

L’objectif que nous avons pris avec Gérald Darmanin – en responsabilité du projet de fiscalité du gouvernement et du plan santé d’Agnès Buzyn – c’est d’accompagner les buralistes comme premier commerce de proximité, dans les quartiers des villes et les bourgades.

J’ai déjà rencontré Madame Buzyn pour poser la vision du commerce que nous incarnons et pour la sensibiliser, notamment, sur l’utile développement du vapotage qui est considéré dans d’autres pays comme un vrai moyen d’éloigner les fumeurs du tabac traditionnel … »

• Michèle Delaunay : « En tout cas, vous êtes un président très très convaincant … ».