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10 Août 2018 | Pression normative
 

Sous le parasol, plus de clope ? Labellisées sans tabac, une cinquantaine de plages du littoral français tentent de bannir la cigarette, afin de préserver l’environnement des mégots et de réduire l’exposition au tabagisme passif, annonce une dépêche signée par la nouvelle spécialiste « tabac » de l’AFP, Rebecca Frasquet.

Lancé il y a quelques années par la Ligue contre le cancer, le label « Espace sans tabac » (voir Lmdt des 7 juillet 2016 et 28 décembre 2017) a été attribué à 218 espaces publics extérieurs, parcs ou plages (entières ou en partie), où le tabac est interdit par décret municipal, dans 29 villes à ce jour. Quant aux aires de jeux pour enfants, il est interdit d’y fumer depuis un décret national de juin 2015.

•• La Ligue, qui promeut les « espaces publics conviviaux et sains » pour « dénormaliser » le tabagisme, responsable de 78 000 morts par an en France, a lancé le label « Ville sans tabac » pour convaincre les municipalités de systématiser ces lieux. « Nous n’avons pas pour ambition que toutes les plages soient « sans tabac », nous voulons juste que les gens aient le choix », dit Emmanuel Ricard, délégué à la prévention au sein de l’association.

Car l’été est « souvent une période où l’on essaie d’arrêter de fumer, ce qui est plus facile à faire lorsqu’on se trouve dans un environnement non-fumeur », souligne-t-il. Aussi, « plus les jeunes voient des gens fumer, plus ils sont incités à commencer ».

•• C’est Nice qui, la première, a créé en 2012 une plage sans tabac – elle en compte quatre aujourd’hui. D’autres ont suivi, comme sa voisine Cagnes-sur-Mer (voir Lmdt du 30 juillet 2018), qui a interdit cet été sur l’une de ses 10 plages cigarette mais aussi « narguilé, chicha, cigarette électronique, vapoteuse ou tout autre produit à fumer ou à inhaler », avec un « avis très favorable » des familles, notamment pour la santé des enfants, confie le maire Louis Nègre.

•• La Corse, elle, possède déjà 20 plages non-fumeurs notamment à Propriano, inaugurée fin juillet.

•• De son côté Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) est passée d’une à trois plages, et Ouistreham (Calvados) a suivi le mouvement pour préserver « la santé publique » et lutter contre « la pollution du sable et de la mer, les mégots finissant souvent dans l’eau, le ventre des poissons, voire la bouche des enfants », relève le maire (LR) Romain Bail.

Même motivation à Saint-Gilles-Croix-de-Vie (voir Lmdt du 24 juin 2018) ou Royan (voir Lmdt du 8 juin 2018), où s’amassaient les mégots « jetés par les fumeurs sur la plage certes, mais surtout, les gens l’ignorent, provenant de rejet pluvial, qui ruissellent vers la mer et reviennent sur la plage », explique Julien Duressay, conseiller municipal (LR) en charge de l’environnement. « Et franchement, la richesse de notre ville balnéaire, ce n’est pas l’industrie, ce sont nos plages. Alors si on ne fait rien pour les protéger … »

•• Un mégot, « c’est 500 litres d’eau polluée », affirme Gérard Marcalbert, conseiller municipal de Carnac (Morbihan) où l’on contrôle les eaux « pour les ostréiculteurs ». « Si on pollue les eaux avec des mégots, on pollue aussi les poissons, les huîtres et les humains ».

Comme la plupart des stations balnéaires pionnières, Carnac compte sur le civisme des vacanciers car « il n’y a pas d’amende prévue pour les contrevenants », note l’élu.

Après avoir labellisé l’une de ses cinq plages, Royan s’est associée à EcoMégot (voir Lmdt du 9 février 2018), une start-up bordelaise qui pour l’heure incinère les mégots, mais travaille à une solution de recyclage. En ville, une vingtaine de plaques métalliques au sol, à proximité d’avaloirs d’égouts, clament : « Ne rien jeter, ne rien vider. La mer commence ICI ».

•• Au Cap Ferret (voir Lmdt du 21 juillet 2018), l’initiative revient au Conseil municipal des enfants et « les gens font un peu la police eux-mêmes, cela se passe bien », relate le maire (DVD) Michel Sammarcelli. Seuls quelques jeunes « n’adhèrent pas ».

•• Certains constatent toutefois un essoufflement, après le « franc succès » des débuts. À Ouistreham, l’interdiction est « peu respectée » cet été, confie le maire.

« Nous avons une vraie difficulté à faire entendre raison aux vacanciers », regrette-t-il, jugeant les rondes de la police municipale moins dissuasives que les CRS postés les premiers temps.

Affirmant ne plus être « en capacité d’assurer la pédagogie en raison des baisses de dotations de l’État », il envisage de mettre des panneaux et d’embaucher « un ou deux jeunes pour faire de la prévention sur la plage ».