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3 Déc 2017 | Profession
 

L’exercice n’est pas évident en pleine période de négociation, délicate, avec le Gouvernement sur les mesures d’accompagnement des buralistes – à cause du paquet à 10 euros, ainsi que pour la transformation du réseau -, mais Philippe Coy tient à multiplier les déplacements sur le terrain. En variant les interlocuteurs afin d’enrichir son analyse d’un contexte forcément compliqué. Ce vendredi 1er décembre, le président de la Confédération était à Toulouse.

•• Quitte à essuyer des contretemps : Olivier Arsac, l’adjoint à la sécurité et à … la tranquillité de la ville, ayant décommandé, à la dernière heure, un rendez-vous annoncé dans la presse locale (voir Lmdt du 30 novembre). Crainte d’avoir à répondre à des questions précises sur l’implication de la police municipale pour empêcher les ventes de cigarettes sur les trottoirs du quartier Arnaud Bernard, en plein centre-ville (voir Lmdt du 15 novembre) ?

Ou refus de voir la Ville Rose propulsée médiatiquement au rang de plate-forme publique de la revente de tabac de contrebande, ce qui n’est guère reluisant pour l’image d’une ville qui continue à se transformer, avec force travaux, et accueille 15 000 nouveaux habitants par an ?

•• En tout cas, l’anecdote a fait sourire les journalistes locaux, venus rencontrer le nouveau président de la Confédération, pour l’occasion.

Ce samedi 2 décembre, La Dépêche reprend, d’ailleurs, les messages :

« À Toulouse, un paquet de cigarettes sur quatre est acheté en dehors du réseau officiel des buralistes » selon Gérard Vidal (président de la chambre syndicale du Tarn-et-Garonne et vice-président de la Confédération), « on prône une politique de santé anti-tabac très dure, ce qui est bien, mais on laisse le trafic prospérer à la porte des écoles et des lycées. »

« La contrebande du tabac est un effet pervers de l’outil fiscal asséné sans discernement et du matraquage sur les prix sans autres accompagnements » a repris Philippe Coy. « Et les réseaux mafieux organisés se déportent de plus en plus sur le trafic du tabac parce que la pénalisation est moindre que pour la drogue. L’État doit sérieusement prendre en compte le phénomène et faire respecter la loi. La peur doit changer de camp (…) Aujourd’hui, 30 % du marché se fait en dehors d’un monopole des buralistes qui devient ainsi de plus en plus fragile.

« Il faut protéger les buralistes et le réseau agréé qu’il représente, collectant quand même 14 milliards d’euros de fiscalité chaque année. Et les aider à se transformer. Je rappelle qu’un buraliste, ce n’est pas qu’un vendeur de tabac … Dans de nombreux villages, c’est aussi un épicier, un dépôt de pain ou un pompiste, pour ne prendre que ces exemples. »

•• Dans l’après-midi, réunion de travail à la Direction régionale de la Douane de Toulouse : avec des échanges très précis et techniques pour une direction qui cible forcément Andorre : « nos services douaniers d’Ariège – que Gérald Darmanin a visité récemment (voir Lmdt du 13 novembre) – ont saisi la moitié des plus de 4 tonnes de tabac que nous avons à notre actif depuis le début de l’année » explique Jérôme Philibert (chef du pôle orientation des contrôles). Soit un total, au niveau de toute la direction, représentant l’équivalent de plus de 20 000 cartouches. Et une accélération par rapport à l’année dernière (3,5 tonnes) ou à 2015 (2,8 tonnes).

« La Confédération va dire que ces chiffres prouvent que le trafic augmente … et nous, que cela montre combien notre efficacité s’accroît » commente malicieusement Denis Helleringer (chef du pôle action économique), « … la vérité doit être entre les deux ! »

« Avec une telle augmentation des saisies, on comprend que le problème des effectifs douaniers se pose », reprend Philippe Coy. La zone toulousaine comprend 38 douaniers à l’aéroport de Toulouse-Blagnac et 19 agents « piétons » (pour tous types de contrôles) dépendant de la brigade de Frouzins.

« Que peuvent faire les buralistes ? » interroge Gérard Vidal. « Les fiches-tabac sont un élément primordial pour démarrer des affaires » répondent les douaniers. « Il nous faut plus de fiches avec plus d’informations. De même, il est nécessaire de rappeler aux autres services susceptibles de découvrir des cigarettes lors de leurs propres contrôles – Gendarmerie, Polices nationale et municipales – de nous contacter. Car on peut ainsi sanctionner les contrevenants avec une double peine : pénale et fiscale. »

•• Dans la soirée, l’Assemblée générale des buralistes de Haute-Garonne : du monde – prés de 180 personnes malgré une menace de neige – et une forte attente par rapport à la négociation en cours.

Philippe Coy insiste : « oui, notre activité tabac va être secouée l’année prochaine avec cet euro de plus par paquet, à partir de mars. C’est pour cela que nous avons besoin de mesures supplémentaires, par rapport au Contrat d’avenir actuel, pour amortir un choc qui n’était pas prévu initialement. »

Une secousse pour le fumeur, aussi, qui pourra éventuellement être orienté vers une alternative : « cette fois-ci, nous n’allons pas rater le rendez-vous que nous donne le marché de la cigarette électronique. Il faut déjà s’y préparer. »