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1 Nov 2019 | Profession
 

La conjonction du lancement du « Mois sans Tabac » et de l’augmentation de 50 centimes du prix des cigarettes, ce vendredi 1er novembre, pose clairement la question : la hausse des prix fait-elle vraiment baisser le nombre de fumeurs ? 

Traitement différent entre Le Parisien / Aujourd’hui en France et Le Figaro.

•• Pour Le Parisien / Aujourd’hui en France, qui y consacre un dossier de deux pages dans son édition papier du 31 octobre, le constat est sans appel : les Français fument de moins en moins, car le tabac devient démodé … mais aussi de plus en plus cher.

« En à peine deux ans, plus de 1,6 million de fumeurs ont décroché. Le plus gros des bataillons, ce sont d’abord les jeunes rebutés par les hausses successives de prix et ces paquets neutres (…) mais aussi les très gros fumeurs, des hommes pour la plupart, qui se sont rabattus sur la vapoteuse ».

« On peut parler d’une véritable dynamique de dénormalisation dans la mesure où la perception du tabac a beaucoup changé » assure Julien Morel d’Arleux, directeur de l’OFDT (Observatoire français des Drogues et de la Toxicomanie).

Une France sans fumeur en 2032 … jouable ? « Les ados semblent en tout cas bien décidés à ne pas tomber dans le même piège que leurs aînés » observe Maria Melchior, épidémiologiste à l’Inserm. « Les ados préfèrent les objets connectés et les réseaux sociaux » relève Christophe Cutarella, psychiatre addictologue et tabacologue à la clinique Saint-Barnabé de Marseille.

Avec encore 12 millions de fumeurs, beaucoup reste à faire encore, pointe le quotidien. « Le tabagisme perdure et il demeure dans notre pays plus élevé que dans d’autres pays » rappelle Julien Morel d’Arleux.

Dans un encadré, Le Parisien ne manque pas de rappeler non plus le « joli pactole pour l’État » que rapportent ces neuf dernières hausses consécutives … 700 millions supplémentaires de taxes en 2018. Quant aux buralistes, « si leurs recettes se maintiennent grâce à la hausse des prix, les ex-fumeurs boudent leurs échoppes. Et les achats d’impulsion, qui avoisinent 30 % des ventes, dégringolent ».

Pour Le Figaro Santé, la réponse est plus nuancée. Même si Yves Martinet (président du CNCT) commence par être formel : « si l’on augmente le prix du paquet de 10 %, la consommation diminue d’environ 4% ».

« Depuis les années 1970, les ventes et le prix évoluent en miroir » indique Christophe Palle, responsable du pôle Indicateur à l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT).

Plus les prix augmentent, plus les ventes diminuent. Ainsi, « la baisse des ventes constatée depuis 2016 s’est accentuée en 2018, à la faveur des hausses de prix intervenues au 1er mars 2018 en particulier ». Les ventes de cigarettes ont ainsi reculé de 9 % et pour le tabac à rouler, la diminution a été de -10 %.

Mais moins de ventes ne signifie pas pour autant moins de fumeurs. « Dans les départements qui bordent les pays limitrophes où le tabac est moins cher, on constate que les baisses de ventes sont plus fortes que dans les départements du centre de la France » souligne Christophe Palle. « Cela veut bien dire que des consommateurs franchissent la frontière pour aller acheter leur paquet. Mais nous ne disposons pas d’outil pour mesurer exactement quelle part arrête de fumer et quelle part achète à l’étranger. »

Cela dit, le nombre de fumeurs diminue malgré tout. « La part d’adultes fumeurs est passée de 29 % en 2016 à 25,4 % en 2018 » rapporte Christophe Palle.Au total, la France compte environ 1,6 million de fumeurs de moins depuis 2016.

Le paquet à 10 euros suffira-t-il à enrayer le tabagisme ? « Ce ne doit pas être une finalité mais une étape » met en garde Yves Martinet, qui souhaite par-dessus tout que le tabac soit taxé au poids : une mesure qui permettrait notamment de rééquilibrer les différences de prix entre les cigarettes manufacturées et le tabac à rouler, moins cher.

« En France, ces décisions autour de la fiscalité du tabac sont prises dans le bureau du Président de la République, pour vous dire à quel point c’est sensible. Et les associations de lutte contre le tabagisme n’y sont pas conviées, contrairement aux buralistes », souligne-t-il.