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19 Mar 2019 | Observatoire
 

Pour François Lévêque, professeur d’économie à Mines ParisTech, le Gouvernement a raison à moitié au sujet de la privatisation d’ADP et de la FDJ.

Dans une tribune du « Cercle / Point de vue » des Échos.fr, il estime que les contextes économiques du secteur du jeu et de l’industrie aéroportuaire n’ont en effet rien à voir.

•• Pourquoi privatiser ADP ?

Primo, parce que les grands aéroports sont devenus des centres commerciaux porte-avions. Secundo, parce que les études économétriques montrent sans appel que l’hétérogénéité de l’actionnariat se solde par de moindres performances. Tertio, parce qu’ADP est soumis à la concurrence.

•• Pourquoi l’État ne doit-il pas céder ses parts dans la FDJ ?

« Parce que, contrairement à ADP, il ne faut surtout pas que ce type d’entreprise croisse et devienne plus efficace, qu’elle augmente sa clientèle, multiplie ses produits et propose des lots toujours plus mirobolants. À moins, bien sûr, d’être en faveur d’une augmentation de l’impôt des ménages modestes.

« En proportion, ce sont en effet les ménages à bas revenus qui jouent le plus, et qui, bien sûr, perdent aussi le plus, puisque les deux tiers seulement des mises sont redistribuées aux gagnants par la FDJ. 

Un ménage joueur sur sept perçoit moins de 10 000 euros par an et consacre 2,5 % de son budget au jeu de hasard. Un pourcentage nettement supérieur à la moyenne des joueurs. De façon générale, plus le revenu est faible, plus la part du budget consacrée à la loterie et jeux similaires est élevée.

Or la fiscalité est lourde. Les prélèvements obligatoires représentent 23 % des mises, soit la plus grande partie de ce qui n’est pas redistribué aux joueurs.

« La privatisation de la FDJ conduirait à augmenter encore son chiffre d’affaires, alors qu’il convient de le contenir, voire de le diminuer, pour réduire cette sorte d’impôt sur la fortune des pauvres : il rapporte d’ailleurs à peu près autant que le successeur de l’ISF.

Par ailleurs, la privatisation devrait bénéficier aux ménages à hauts revenus à travers leurs placements financiers. Bref, un actionnaire public pépère et des dirigeants contre la croissance seraient les bienvenus. Une préconisation exactement à l’inverse d’ADP ».