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10 Sep 2017 | Profession
 

Depuis les déclarations de Bruno Le Maire, il y a une semaine (voir Lmdt du 2 septembre), l’ouverture du capital de la Française des Jeux est devenue un sujet d’actualité de plus en plus présent, si ce n’est confirmé (voir Lmdt des 5 et 6 septembre).

Où en sommes-nous ?

•• Lors d’un récent contact avec ses interlocuteurs habituels de la Confédération, la direction de la Française des Jeux a insisté sur le fait que le sujet n’était pas aussi avancé que certains médias invitent à le penser : « c’est une réflexion et, de toute façon, le sujet avait déjà été étudié, pendant un an, en 2009 … » ; « étant donné notre statut d’entreprise publique et le contexte particulier des jeux, ce sera un long processus, on en reparlera … »

•• Le Monde a consacré un long développement au sujet, dans son édition du 8 septembre. En voici, l’essentiel :

« À la recherche d’argent frais, notamment pour alimenter un futur fonds pour l’innovation, le nouveau Gouvernement a commencé à étudier le sujet et semble déterminé à mener l’opération, indiquent des sources concordantes. Cette fois-ci, il y a une vraie envie d’y aller : assure un connaisseur du dossier. Stéphane Pallez, la présidente de l’entreprise (…) a déjà été consultée. L’agence des participations de l’État est en train d’explorer les différents scénarios possibles : entrée en Bourse, cession à des professionnels du divertissement ou à des fonds, etc. Certains investisseurs se sont fait connaitre.

 « Formellement, rien n’est encore décidé. Aucune banque n’a été mandatée pour préparer la transaction. Les actionnaires minoritaires n’ont pas été interrogés (…) Contrairement aux deux essais précédents, le projet suscite aujourd’hui un relatif consensus au sein des pouvoirs publics. Sur la même longueur d’onde, l’Élysée, Matignon et Bercy paraissent convaincus qu’il est possible de récupérer une somme significative sans trop de heurts politiques ou sociaux. Le projet pourrait être annoncé dans son principe dans les prochaines semaines, avec l’objectif d’aboutir au second semestre 2018. L’idée se dessine, mais il faut une loi, donc ce n’est pas comme si on pressait un bouton : explique un conseiller ministériel.

« Quant à Mme Pallez, la présidente de la FDJ, elle semble prête à accompagner la recomposition du capital. En 2014, lors de sa nomination, cette ancienne du Trésor avait mis en avant devant les députés son expérience en matière de privatisations. C’est elle, notamment, qui avait piloté l’ouverture du capital d’Air France.

« Aujourd’hui, le plan stratégique à cinq ans qu’elle a mis au point et le virage numérique amorcé par la FDJ devraient permettre de séduire facilement les investisseurs, de même que la remontée attendue du nombre des clients. Sans oublier la solide rentabilité de la maison qui a généreusement versé 229 millions d’euros à ses actionnaires en 2016.

 « L’aventure s’annonce toutefois délicate. Depuis 1976, l’ex-Loterie nationale relève de l’État. En 1989, celui-ci a même porté sa participation de 51 % à 72 % du capital. La privatisation avait déjà été étudiée en 2009, durant la présidence de M. Sarkozy. À l’époque, le Gouvernement avait envisagé de réaliser l’opération en même temps que la libéralisation du marché des jeux en ligne, et M. Sarkozy avait été suspecté de vouloir privatiser le secteur au profit de ses amis, comme Stéphane Courbit. Le projet avait été abandonné.

« Il avait resurgi en 2014, à l’instigation de M. Hollande et de son ministre de l’Économie, un certain Emmanuel Macron. Mais de nouveau, le dossier avait été enterré, en raison en particulier de l’hostilité de Christian Eckert, secrétaire d’État au Budget et tutelle directe de l’entreprise (voir Lmdt du 10 juillet).

 (…) « Sur le papier, la FDJ est une grosse PME qui emploie 2 000 personnes, et vend de l’espoir et du rêve pour un chiffre d’affaires équivalent de 1,7 milliard d’euros par an. Rien de majeur ni de stratégique.

Mais l’entreprise dispose du monopole national des jeux de loterie, et brasse énormément d’argent. Pas moins de 14 milliards d’euros de mises en 2016. Elle doit donc se montrer particulièrement vigilante et active pour éviter les trafics ou le recyclage d’argent sale, et empêcher que les joueurs deviennent trop accros (…)

« Le jeu responsable est une valeur clé pour notre entreprise, souligne Raymond Icardi, un syndicaliste de l’UNSA. Les éventuels nouveaux actionnaires devront donner des garanties sur ce terrain. »

•• Selon diverses sources (très proches) du dossier, on rapporte les constations suivantes :

Emmanuel Macron aurait « fait du sujet une affaire personnelle ». Il n’aurait toujours pas digéré le refus de Bercy en 2014, alors qu’il avait reçu le feu vert de François Hollande.

Bercy examine désormais volontiers toutes les hypothèses. Y compris celle, évoquée en 2014, d’un passage de la participation de l’État au-dessous de 50 % du capital. L’essentiel étant de « sécuriser », d’une manière ou d’une autre, les recettes fiscales qu’il tire des mises : 3,1 milliards d’euros en 2016.

 Beaucoup d’investisseurs tournent autour du dossier. De toute nature et de toute taille : du Groupe Barrière au développeur de jeux vidéo Ubisoft.

 Certains étudient l’éventualité de la création « d’actions de préférence » : pour le personnel, les détaillants.

•• On voit bien que ce sujet de l’ouverture de capital de l’opérateur de jeux génère irrémédiablement d’autres réflexions :
• sur les perspectives de développement commercial de l’entreprise, élément – clé pour attirer tout investisseur ;
 sur une éventuelle évolution de la réglementation des jeux, car cela conditionne aussi le développement commercial ;
 sur l’éventualité de partenariats stratégiques avec des secteurs comme les médias ou les télécommunications : les jeux représentant en soi, notamment, « un contenu » ;
 sur l’avenir du réseau actuel de détaillants. Dont les buralistes représentent à eux seuls 76 % du chiffre d’affaires.