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1 Juil 2018 | Trafic
 

Avant même d’être rendu public, son rapport fait l’objet d’une certaine curiosité médiatique. Comme les deux pages qu’y consacre Marianne de cette semaine. Avec des prises de position tonitruantes, faute d’être nuancées.

•• En effet, pour « mettre fin à la fois au commerce parallèle, mais aussi à la duplicité des cigarettiers », l’eurodéputé (France Insoumise) Younous Omarjee formule dix propositions concluant son document intitulé « Livre noir du lobby du tabac » (voir Lmdt du 29 juin 2018 ).

Parmi ses propositions : « limiter le transport de tabac au sein de l’UE à une cartouche » ; « interdire la vente de tabac dans les duty-free » ou encore mettre en place un « prix unique des cigarettes dans chaque pays de l’Union ».

•• Mais sur le plateau de « Tout est politique » sur Franceinfo, le 28 juin, le député européen, originaire de la Réunion, a commencé par insister sur son rôle de lanceur d’alerte : « il devrait y avoir une plainte pour crime contre l’humanité … contre l’industrie du tabac, parce que c’est le plus grand crime contre l’humanité dans l’histoire » (sic).

Selon son rapport, la quasi-totalité (99 %) du commerce illégal de tabac est organisé et alimenté par les cigarettiers eux-mêmes. Et Younous Ormajee d’affirmer que le lobby du tabac est toujours le lobby le plus influent à Bruxelles.

En substance, toujours au micro de Franceinfo : « lorsque la Commission européenne a pris la directive Tabac, il y a eu des actes d’exécution qui ont été proposés au Parlement et j’ai objecté sur un acte délégué (voir Lmdt du 19 janvier 2018 et 28 avril 2015).

« Pourquoi ? Parce que la Commission européenne confie au lobby du tabac le soin de lutter contre le commerce parallèle, le commerce criminel du tabac, alors que nous savons que c’est l’industrie du tabac qui alimente ce commerce parallèle.

« Pourquoi ? Parce que ces paquets de cigarettes sont mis sur le marché illégal sont à des prix extrêmement bas, comparés aux prix qu’on peut trouver chez les débitants de tabac. Et de fait, les objectifs que nous nous fixons en matière de lutte contre le tabagisme sont tout à fait atténués par l’accoutumance des plus jeunes à des paquets à bas coûts. Et ce sont près de 20 milliards d’euros (de recettes fiscales) de perte pour l’Union européenne ».

•• L’heure tournant, l’animateur Jean-François Achilli se tourne alors vers Alain Lamassoure (député européen, vice-président de la délégation française PPE) pour un commentaire : « Je suis surpris par ces chiffres mais je me fie à ce que dit mon collègue… Nous avons là l’exemple d’un problème extrêmement important qui ne peut trouver de solution qu’à l’échelle européenne, si tous les européens exercent leur responsabilité ensemble. De mon côté, je me suis attaqué au niveau du Parlement européen à un autre lobby, celui des Gafa (les « géants du web »). Le Parlement a voté d’une part, l’harmonisation en Europe du bénéfice imposable – de manière à ce nous ayons dans les 27 pays européens le même système d’impôt sur les sociétés – et d’autre part, l’introduction d’un mécanisme d’imposition de ces multinationales du numérique qui échappent aujourd’hui à toute imposition en Europe.

« C’est un exemple de problème qui, au 21ème siècle, ne peut plus être traité dans le cadre d’une politique nationale. De la même manière, si nous voulons combattre, à juste titre, les abus de l’industrie du tabac, nous devons le faire ensemble ».