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29 Mai 2021 | Institutions
 

La dernière étude de Santé publique France relève une augmentation de la consommation de tabac, entre 2019 et 2020, chez les Français les plus précaires (voir 26 mai).

Dans un entretien au Monde, Fabienne El-Khoury – chercheuse en épidémiologie sociale à l’Institut national de la Santé et de la Recherche médicale (Inserm) et à Sorbonne-Université – juge que ce résultat n’est « pas étonnant ». Extraits.

•• « (…) ce n’est pas un schéma qu’on n’observe qu’en France. Les comportements addictifs, et le tabac particulièrement, sont assez liés à la santé mentale, à l’anxiété, à la dépression. Or, santé mentale et conditions financières sont elles-mêmes étroitement liées. On observe une inégalité sociale dans la santé mentale, avant et après le Covid-19. 

« De par leurs conditions de vie, les personnes défavorisées font face à une absence de projection à long terme : elles peuvent se demander si elles vont être payées le mois prochain. C’est généralement lié à un déni de risque. Le tabac est alors perçu comme un des rares plaisirs : on ne peut pas se payer des vacances à Tahiti, mais un paquet de cigarettes, oui, bien qu’il soit toujours plus cher. De plus, l’arrêt du tabac entraîne des symptômes assez désagréables et, dans ces conditions, les personnes défavorisées n’en ont pas envie. 

•• « Il faut des interventions ciblées qui répondent aux besoins spécifiques des personnes défavorisées. Elles sont d’abord confrontées à des difficultés financières : même si le substitut nicotinique est remboursé par la Sécurité sociale, ce n’est pas à 100 % (65 % depuis le 1er janvier 2019) et le reste à charge représente un budget.

«  La cigarette électronique peut être un bon substitut, mais elle représente un investissement initial de 50 à 70 euros, parfois davantage, et ensuite un budget mensuel comparable à celui de cigarettes traditionnelles. Des conseils personnalisés prenant en compte l’absence de projection à long terme sont également nécessaires. 

•• « On sait bien que les mesures sur le prix et le remboursement des substituts nicotiniques fonctionnent. Cela fait l’objet d’un consensus chez les chercheurs, mais il faut surtout un ensemble de mesures. La France a été plutôt une bonne élève, avec le paquet neutre, l’agrandissement des messages de santé sur celui-ci – dicté par une directive européenne –, les variations de ces messages et le remboursement des substituts nicotiniques ainsi que des consultations pour un sevrage tabagique.

« On était assez optimistes, avec une tendance à la diminution chez les jeunes, une baisse du taux d’initiation au tabac : entre 2016 et 2017, les jeunes percevaient le tabac moins favorablement, notamment les filles. On espère que le Covid ne va pas ralentir ce processus. Les inégalités sociales, quant au tabac, commencent très tôt. Les jeunes dans des établissements scolaires défavorisés en ont moins peur. La prévention doit viser le plus jeune âge possible (…) La meilleure prévention du tabagisme, c’est de ne pas commencer. »