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13 Avr 2018 | Profession
 

La question se pose, car l’arrivée de Bertrand Méheut et Cyril Linette à la tête du PMU est porteuse de bien des changements (voir Lmdt du 12 avril). Elle se pose parmi d’autres questions. 

Nous avons retenu les trois principales.

LA NOUVELLE GOUVERNANCE VA-T-ELLE PERMETTRE DE MIEUX GÉRER L’OPÉRATEUR ET SES PARTENAIRES ? 

•• Ce jeudi, le conseil d’administration du PMU – dix membres dont quatre représentants de l’État – a mis fin au long processus de succession de Xavier Hürstel, parti l’automne dernier pour rejoindre Sopra Steria, leader européen de la transformation numérique (voir Lmdt du 21 septembre 2017).

Avec la nomination de Bertrand Méheut (66 ans, ex-patron de Canal +), au titre de président du conseil d’administration.

Et de Cyril Linette (47 ans, jusqu’à maintenant directeur de L’Équipe et ancien directeur des sports de Canal +, à l’époque de Bertrand Méheut), au poste de directeur général.

L’un comme l’autre sont complètement extérieurs à la filière hippique. Ils ne viennent pas, non plus, de la haute administration (comme Xavier Hürstel ou Alain Resplandy-Bernard qui a assuré non sans mérites l’intérim / voir Lmdt des 21 janvier 2015 et 20 décembre 2017).

•• La mise en place de ce tandem est, en soi, une nouveauté. À tel point qu’elle passe par une première modification des statuts. Elle témoigne aussi « d’une volonté de modernisation et d’efficacité » et « permettra au PMU de mieux répondre aux enjeux qui sont les siens, à la fois stratégiques et de management au quotidien » assure un communiqué.

L’objectif serait de confier à Bertrand Méheut les relations avec les pouvoirs publics et les sociétés de course qui constituent le GIE PMU : au total, une soixantaine de sociétés de courses dont les deux principales sont France Galop et Le Trot. On dit Bertrand Méheut proche du président France Galop, Édouard de Rothschild.

On remarque aussi que son statut de GIE oblige le PMU à remonter directement l’intégralité de ses résultats nets aux sociétés de courses, l’empêche de s’endetter et même de mettre des capitaux en réserve : ce qui a toujours constitué objectivement une entrave à son développement. On apprend, enfin, que « l’éventuelle transformation du GIE en société anonyme redevient d’actualité » (Les Échos du 12 avril).

•• À Cyril Linette revient la maîtrise de l’opérationnel pur et dur. « À court terme, le patron opérationnel du PMU devra susciter sans délai l’adhésion en interne, et en particulier de l’équipe de direction, pour faire bien tourner la boutique … » (Les Échos). En la matière, les relations avec les équipes de Patrick Fontana, nouveau directeur des réseaux commerciaux, représentent un facteur-clef.


LES ACTIVITÉS DU PMU SONT-ELLES VRAIMENT DANS UNE DYNAMIQUE DE CROISSANCE ?

•• Les paris hippiques dans le réseau des détaillants et en ligne (80 % du CA au total, soit 7,9 milliards d’euros) sont repartis légèrement à la hausse l’année dernière en France (+ 0,9 % / voir Lmdt du 16 janvier 2018) après cinq années de baisses, parfois sévères (ces mêmes paris avaient représenté 8,5 milliards en 2011 …)

Ce premier trimestre 2018 affiche, cependant, un repli pour cause d’intempéries et d’annulations de courses.

À terme, reste à savoir si la France présente vraiment un potentiel de nouveaux parieurs hippiques (une clientèle plus jeune et féminine …) et si les innovations (pari par SMS, Simple Jackpot, etc.) vont suffire pour apporter de la croissance « durable et rentable ». Par ailleurs, les paris hippiques à l’international sont toujours porteurs de croissance (+ 10 % l’année dernière).

•• Les autres paris sportifs en ligne restent soumis à une forte concurrence. Parce que ce secteur est en forte croissance. Et c’est probablement dans ce domaine que les nouveaux patrons viennent avec le plus d’idées.

•• Le poker sur Internet n’est pas le point fort de l’opérateur. Le Figaro (du 12 avril) se demande si la nouvelle direction « n’aurait pas intérêt à vendre cette division où il a des parts de marché minimes. »

•• Rappelons que le chiffre d’affaires total du PMU a, quand même, progressé de 2 % en 2017 : à 9,9 milliards d’euros (contre 15,1 milliards pour la FDJ). Dont 18 % réalisés sur Internet. Avec 5 millions de parieurs en tout.


QUELLE SERA LA PLACE DU RÉSEAU DES TITULAIRES DANS LA STRATÉGIE DES NOUVEAUX PATRONS ?

•• Il existe 13 000 points de vente PMU (les titulaires) proposant uniquement des paris hippiques à leurs clients. Près de 6 500 sont des buralistes. Une force de frappe commerciale, visible dans la France de tous les jours, et dont a toujours besoin l’opérateur.

•• Certes, le chiffre d’affaires global de ces titulaires continue de s’éroder (-0,7 % en 2017) mais moins que les années précédentes (-4 % en 2016 ; -2,9 % en 2015). On sait qu’une fraction de la clientèle PMU n’est pas d’une gestion facile pour ces mêmes titulaires.

En même temps, l’opérateur a su investir, à temps, dans la modernisation et une segmentation pertinente : PMU Express, Happy PMU, PMU Passion. Et l’installation de bornes semble unanimement appréciée dans les points de vente qui en sont dotés.

•• Reste … « le grand hic ». La rémunération. Elle est, en moyenne, de 2 % (de 1,6 % à 2,5 % en fonction des paris ou quintés). Ce qui n’est pas sans interrogations pour les titulaires quand ils considèrent, par exemple, la rémunération proposée sur ses propres jeux par la FDJ (5,2 % actuellement).

Notamment, les nouvelles rémunérations négociées cet hiver par la Confédération (voir Lmdt du 4 février 2018 ) et qui seront en vigueur l’année prochaine : certains jeux de grattage, à 6 % ; jeux de tirage, à 5,5 % ; paris combinés, à 5,5 %, etc.

« Le PMU affiche un réel déficit de compétitivité auprès des buralistes eu égard à la force de frappe commerciale de la Française des Jeux » (Les Échos). C’est donc avant tout sur le sujet « rémunération » que les titulaires attendent les premiers signes de la nouvelle direction.

•• Mais pour cela, moins d’argent pourra être « remonté » aux sociétés-mères, lesquelles auront probablement du mal à l’accepter. Alors que France Galop et Le Trot, confrontées à l’épuisement de leurs réserves financières, viennent d’engager des plans d’économie.

Deux patrons et un changement de statut suffiront-ils ?