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28 Mar 2021 | Profession
 

Excellent reportage de L’Express sur le spleen des turfistes « privés d’hippodromes et de PMU ». Extraits.

Curieuse ambiance dans ce bar-tabac PMU emblématique de la porte de Choisy, à Paris.

•• L’horloge indique 13 h 48, et une cohorte de joueurs se relaie vers les cinq bornes qui permettent d’engager les paris hippiques, clôturés dans deux minutes. Derrière eux, le grand écran plat reste tristement éteint. Alors, les mordus se retrouvent devant le bistrot, où des barrières de chantier indiquant des travaux sur le tramway voisin forment une terrasse de fortune … Ce ballet de 13 h 50 et des poussières, tous les buralistes de France l’observent depuis le 11 mai 2020, date de la réouverture des courses, mais non des cafés.

•• « Mes clients vont souvent regarder la course sur le trottoir, sur leur téléphone, à quatre ou cinq, puis ils rentrent pour faire leurs paris », confirme un buraliste à Reims : « c‘est du lien social, les gens ont besoin de se rencontrer, de discuter des chevaux, et pour certains, c’est leur seule sortie de la journée ».

Plusieurs autres de ses habitués ne viennent plus, ou alors passent, furtivement, valider leur ticket. Le Covid n’a pas seulement bouleversé les mœurs des fans de foot … les turfistes, eux aussi, sont sommés d’adapter leur quotidien à l’interdiction de stagner dans les endroits restés ouverts.

Les pratiquants les plus prévoyants du « course par course », cette façon de miser sur toute une journée, de 11 h 30 à 19 heures, ont réagi en investissant dans une connexion 4G et un coupe-vent. Mais leur environnement s’est écroulé …

•• N’allez pas croire que ces acharnés du pronostic ont tous pris du champ. Si 25 % des points de vente du PMU sont fermés – ils représentaient avant la pandémie quelque 40 % du chiffre d’affaires de la société -, le montant des paris enregistre un recul de seulement 15 %.

À l’été 2020, un quasi-record de mises a même été enregistré : 2,34 milliards d’euros. Inespéré, puisque les chiffres étaient en baisse depuis plusieurs années (voir 31 décembre 2020).

•• Les fidèles turfistes ne peuvent plus en revanche se retrouver dans les temples de leur sport. Depuis le mois de novembre, les 236 hippodromes de France ne peuvent en effet accueillir les départs qu’à la condition d’un huis clos strict. Là aussi, la fermeture génère son lot de laissés-pour-compte, les assidus des champs de courses, qu’ils arpentent à la recherche d’un entraîneur ou d’un propriétaire à soustraire d’un tuyau. La stratégie de mise s’en trouve appauvrie.

Plus que le stade de foot, peut-être, le champ de courses a longtemps fait partie des derniers lieux où les classes sociales se mélangeaient encore, sans séparation officielle. « Surtout en province, il y a un brassage social très large, tout le monde se côtoie », constate Sylvain Copier, journaliste à Paris-Turf. Et ce, depuis les débuts de ce sport (…)

•• À la réouverture, le public sera-t-il au rendez-vous ? Les derniers chiffres du PMU laissent interrogatif, tant les paris en ligne explosent : + 30 % de juillet à septembre 2020 par rapport à l’année précédente. Christophe Donner, écrivain, collaborateur de L’Express et légende du monde du turf, y voit un symptôme de l’époque : « la désertion des hippodromes date d’il y a trente-quarante ans. Là, c’est le coup de grâce. Aujourd’hui, les jeunes veulent de la rapidité, préfèrent le poker ». Il juge le modèle du PMU, qui interdit les mises pendant la course, dépassé : « C’est plan-plan. Les jeunes veulent plus d’adrénaline. Il faudrait qu’on puisse parier après le départ de la course ».

•• Reste à trouver un système fiable face aux velléités mafieuses. En attendant, le monde du turf peut toujours compter sur la bienveillance de solides réseaux.

En témoigne l’histoire de la reprise des courses, en mai 2020. Selon nos interlocuteurs, celle-ci a été rendue possible par l’activisme galopant de trois personnes auprès de l’exécutif, le maire de Deauville Philippe Augier, le président du MoDem François Bayrou, propriétaire de chevaux, et Édouard de Rothschild.

Un des dirigeants de la filière nous susurre un tuyau supplémentaire : le 8 mai dernier, cette réouverture a été décidée après un échange de SMS nocturnes entre le patron de France Galop et … Brigitte Macron.