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16 Juil 2018 | Profession
 

À la tête du PMU depuis trois mois (en tandem avec Bertrand Meheut / voir Lmdt du 12 avril), Cyril Linette a accordé son premier interview à Paris Turf (édition du 13 juillet). Plutôt décapant.

Soit une analyse sans concession de la situation de la filière et du PMU. L’urgence est à la reconstruction et aux économies, sous peine de voir la disparition de l’opérateur historique d’ici à quelques années, selon son Directeur général délégué. Extraits.

•• Sur la situation des courses. « Le PMU doit sortir de sa myopie ! L’entreprise a masqué des problèmes structurels en multipliant le nombre de courses et de paris et, depuis 2012, ce travail de compensation est arrivé au bout du bout. Quand on passe d’un taux de pénétration auprès des Français de 14 à 8 %, cela signifie qu’on a un vrai problème d’attractivité du pari et des courses hippiques.

« … Ce que Bertrand Meheut et moi-même constatons, c’est que, pour beaucoup de Français, les courses et les paris hippiques renvoient à quelque chose de fermé et de ringard. Le PMU a essoré une clientèle de fidèles toujours plus réduite. Il faut reconstruire totalement, en s’appuyant sur des initiatives comme le marketing commun des courses ou l’optimisation du calendrier. Mais il est nécessaire d’avancer beaucoup plus vite. »

•• Rénover le pari hippique. « Comme dans toute entreprise en crise, les deux leviers à actionner en priorité sont les coûts et le travail sur le produit. Pour avoir les moyens d’investir, il faut d’abord revoir le train de vie du PMU. Puis nous devons, avec les sociétés mères, réécrire un produit courses et paris beaucoup plus « marketé » afin de séduire les parieurs et de futurs clients.

« Si nous ne trouvons pas une solution pour relancer l’hippisme, dans 5 ou 10 ans, l’entreprise met la clé sous la porte.

« Côté PMU, je pense qu’on a deux gammes de clientèle : les turfistes (400 000 personnes), qui représentent 80 % de notre chiffre d’affaires, et ceux qu’on pourrait appeler les « gamers » (2 à 3 millions), qui sont plus volatiles. Pour les premiers, il faut revenir sur les fondamentaux en gommant au maximum les références aux jeux de hasard. Revenir à l’ADN du pari hippique, à la sagacité et aux gains. Pour les seconds, on doit travailler l’image et l’innovation, donc de nouveaux types de paris, pour les garder ou les conquérir. »

•• Réseau physique. « D’un bout à l’autre de la filière, les gens que nous devons protéger sont les socioprofessionnels, les parieurs et les patrons des points de vente PMU.

Mais « la segmentation des points de vente (Passion, Happy, Express) a plus été pensée pour les titulaires des points de vente que pour les clients »

•• 30 millions d’économies d’ici la fin de l’année. « Quand vous voyez qu’il y a 1,5 milliard d’enjeux en moins en 5 ans et que le PMU n’a pas baissé ses charges, il y a un problème. Tous les coûts de fonctionnement vont être revus. Le plus important est de trouver des économies structurelles.

« Cela n’empêchera pas les équipes de bien travailler : elles vont au contraire se concentrer sur l’essentiel. L’objectif est d’assurer à la filière le même résultat net que l’an passé (à savoir 796 millions d’euros) mais sans se baser sur des projections farfelues. Au 30 juin, les enjeux hippiques diminuent de 2,4 % et je ne pense pas que l’activité va repartir au second semestre. »

•• Activités complémentaires. « Le PMU n’a aucune chance de s’en sortir s’il ne trouve pas des éléments de rénovation majeurs sur ce qui est son identité et réunit 95 % de son chiffre d’affaires, à savoir les paris hippiques. Espérer sauver l’activité avec autre chose est un leurre, donc tout l’effort doit être mené sur les charges du PMU afin de bâtir le marketing d’une offre hippique performante.

« L’activité du pari sportif est une activité de diversification qui peut perdre de l’argent, c’est le cas aujourd’hui (…) Au PMU de réfléchir s’il peut se permettre, sans impacter la filière, de poursuivre cette activité sur un marché prometteur mais sur lequel nous ne sommes pas dominants. »