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30 Août 2019 | Profession
 

Le Parisien / Aujourd’hui en France de ce vendredi consacre un dossier – annoncé en une – aux buralistes. Avec une interview de Philippe Coy que nous reproduisons ci-dessous.

•• Pourquoi y a-t-il de moins en moins de bureaux de tabac en France ?

Philippe Coy : Il y a une baisse tendancielle. On ne peut pas la nier. Après la hausse massive des prix du tabac qui a fait suite au plan Cancer de 2003, on a perdu entre 800 et 1 000 points de vente par an. Au total, plus de 10 000 buralistes ont disparu en vingt ans. Or, dans certains territoires où même les services publics ont disparu, le bureau de tabac est souvent le dernier commerce en activité.

•• Quelles sont les zones les plus touchées ?

Philippe Coy : Il existe des « zones blanches » sans aucun bureau de tabac en milieu très rural, dans les régions frontalières, comme le Nord ou à la frontière avec le Luxembourg, mais aussi dans des quartiers urbains, comme près de chez moi à Pau, touchés par la pauvreté.

•• Les ventes de cigarettes ne cessent de baisser. Le déclin de votre profession n’est-il pas inéluctable ?

Philippe Coy : Les fermetures se ralentissent. Nous n’avons perdu « que » 524 buralistes l’an dernier. Nous retrouvons même une certaine dynamique. L’année dernière, les rachats de commerce ont augmenté de 2 %. L’activité intéresse à nouveau des investisseurs et les banques nous soutiennent après nous avoir tourné le dos pendant des années. Le plan de transformation que nous avons lancé à l’automne 2018 commence à porter ses fruits.

•• C’est-à-dire ?

Philippe Coy : Notre métier doit se réinventer. Nous continuerons à vendre du tabac car le marché résiste. L’an dernier, avec la hausse du prix de 1 euro en mars, les ventes ont baissé de 9 % en volume mais ont augmenté de 4 points en valeur. Le problème est que si je perds 10 % de fréquentation, c’est très pénalisant car je vends moins de jeux, de souvenirs, de confiseries, etc. Pour faire face à cette baisse d’activité, qui est liée certes au commerce parallèle mais aussi au changement profond de comportement des Français avec, par exemple, le succès fulgurant de la vape, nous devons diversifier nos activités.

•• Où en êtes-vous de cette diversification ?

Philippe Coy : Le but est de capter du flux de clients par de nouvelles activités ou une extension de nos activités. À partir de 2020, nous vendrons des billets de trains TER et grandes lignes. Dès le 1er janvier prochain, dans dix-huit départements, on pourra également payer jusqu’à 300 euros en espèces ses impôts locaux chez les buralistes qui pourront aussi encaisser la crèche, les frais scolaires, la cantine, le centre aéré ou les PV de stationnement. Donc je perds des clients sur le tabac, mais j’en regagne de nouveaux, fumeurs ou non fumeurs, avec ce type de services. Nous reprenons pied par ailleurs sur le marché de la vape. Je veux que les buralistes deviennent de véritables commerçants d’utilité locale.