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22 Avr 2019 | Profession
 

À Tulle, on compte onze carottes de buralistes.

Du lundi au dimanche, ils approvisionnent leurs clients en jeux à gratter, en cigarettes et en journaux.Mais pas seulement … le mot d’ordre étant aujourd’hui à la diversification. Non sans susciter des remous dans une profession qui se cherche de nouvelles voies.

Tour d’horizon de La Montagne (édition 20 avril) que nous reproduisons.

•• Tabac. Pour les buralistes, le déclin est indéniable. « Les ventes de cigarettes ont diminué de 8,8 % par rapport à l’an passé », chiffre Frédéric Vergne, président de la chambre des buralistes de la Corrèze (et vice-président de la Confédération).

Les 10 euros prévus pour 2020 suscitent d’évidentes craintes dans la profession. « Il y a 33 ans, le paquet de gauloises valait 3 francs 50. Le prix a été multiplié par 20 mais la consommation n’a pas été divisée par 20 » remarque Pierre Cambefort, installé près de la gare depuis les années 1980.

•• S’adaptant, les buralistes se sont logiquement mis à la cigarette électronique. « Je fais un peu de liquides mais il faut de la place et un autre type d’accueil que je n’ai pas », regrette Thierry Bardagot, inquiet pour l’avenir de son commerce face à la cathédrale.

Aux commandes d’un tabac-presse, Pascal Mendes a également sa petite vitrine de liquides. « Je fais en fonction des demandes de mes clients », explique-t-il, tout en constatant une relative stabilité de ses ventes de tabac, « on fumera toujours, mais moins dans les jeunes générations ».

•• Le marché parallèle du tabac. Il pèse lourdement sur les épaules des buralistes, d’après le quotidien. « Le paquet à 10 euros va de pair avec le marché noir », regrette un confrère qui craint une augmentation des vols,

« Aujourd’hui, une cigarette sur trois est achetée hors-réseau », résume Frédéric Vergne. « Entre l’achat sur internet, l’acheminement routier et les colis, il n’y a plus vraiment de frontières qui compte. Il est de plus en plus facile d’obtenir du tabac en dehors de notre réseau, sauf que c’est strictement interdit. On demande au Gouvernement un plan d’attaque contre cet acheminement illégal, pour lequel la Corrèze n’est évidemment pas en reste. »

•• La presse. Si des tendances générales se dessinent, chaque commerce a sa clientèle propre.

À contre-courant de la redoutée « mort du papier », Pascal Mendes se targue de la minceur de la pile des journaux à renvoyer au fournisseur. « À partir de la troisième semaine du mois j’en vends moins, mais le papier et le tabac sont encore en augmentation ici » assure-t-il, « pour moi, le métier ne va pas mourir, je n’y crois pas. »

« Internet nous fait du mal, il ne faut pas se voiler la face. Et les jeunes n’achètent plus trop la presse », estime, à l’inverse, Jacqueline Bouysse, du Licol.

Pour le président des buralistes de la Corrèze, c’est très compliqué : « les gens vont chercher l’information sur leurs smartphones aujourd’hui et la vente de journaux fléchit mois après moi. Mais les clients continuent aussi à rentrer chez nous pour acheter la presse régionale. »

•• Le jeu. À gratter, en loto ou en paris … les clients sont de plus en plus nombreux, selon les buralistes tullistes. « J’ai de plus en plus de clients qui achètent des jeux de grattage », remarque Thierry Bardagot, inquiet d’une potentielle privatisation de la Française des Jeux.

« Les gens rêvent, c’est bien » glisse Pierre Cambefort.

•• « Quand les buralistes prennent un coup sur la tête, ils se relèvent », assure Frédéric Vergne, buraliste depuis 17 ans à Beynat (1 300 habitants, à une vingtaine de kilomètres de Brive).

« Comme ce n’est pas un produit actuellement dans nos magasins qui nous fera sortir la tête de l’eau, on doit apprendre à se diversifier : relais- colis, photocopies, comptes Nickel, téléphonie, maroquinerie, il faut multiplier les services de proximité. »

Prenant pour exemple son vaste établissement – autant café que bureau de tabac – il reconnaît que les buralistes vont avoir à pousser les murs pour faire entrer dans leurs locaux ces nouveaux produits.

« Nous avons négocié une aide de 80 millions d’euros avec le Gouvernement pour aider les buralistes dans leur transformation », répond-il aux critiques de certains de ses confrères qui s’offusquent d’un « manque de défense du métier auprès de l’État ».

•• « Aujourd’hui il y a 161 bureaux de tabac en Corrèze, et sur les dix prochaines années, on risque malheureusement de perdre les plus petits dans les bourgs. Mais on veut protéger le réseau » conclut-il.

« De buraliste, il faut devenir commerçant-buraliste. Le bénéfice se fera sur les produits annexes qu’on proposera au client quand celui-ci viendra profiter de nos nombreux services de proximité. »