Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements évoquant directement ou indirectement le tabac
25 Fév 2019 | Profession
 

Depuis dix ans, Valérie et Ahmed tiennent le tabac-presse « Le Saint-Claude », dans le quartier Schmit à la population assez jeune, à Châlons-en-Champagne (Marne).

Entre tracas du quotidien et problématiques nationales, dans L’Union (édition du 22 février), ils racontent en détail les évolutions de clientèle, la diversification de l’établissement, leurs attentes et leurs doutes.

•• Les deux travaillaient auparavant à l’usine Henkel – agents de maîtrise au laboratoire de recherche appliquée – jusqu’à la fermeture et leur licenciement économique. L’envie d’être à leur compte après des années de salariat l’a emporté. En octobre 2009, ils ont enlevé la moquette rose des murs du « Saint Claude » et se sont lancés. « On s’est retrouvé tout seul, les premiers jours étaient difficiles », se souvient Ahmed, 52 ans et vapoteur.

Il faut trois ans aux Châlonnais pour embaucher quelqu’un, « plutôt qu’augmenter nos salaires », et se décharger un peu.

Ils observent en même temps, presque impuissants, la législation évoluer et les tarifs des cigarettes s’envoler. « Une partie de notre clientèle a disparu » poursuit Valérie, « ils sont partis au Luxembourg pour acheter leurs cartouches. On les revoit parfois à l’hiver, lorsque la route est moins praticable … »

•• Ils vont s’adapter et proposent désormais la cigarette électronique. Il y a quelques mois, ils ont investi dans des présentoirs et un comptoir spécifique des produits du vapotage, « c’est impossible de faire sans ». Il faut compenser la chute des ventes de tabac qui représentent pourtant la majorité de leur chiffre d’affaires.

Donc, se diversifier. Vendre un temps des bijoux, des montres. De la papeterie. Des jouets, des bougies, des accessoires. De l’épicerie « pour dépanner ». Devenir point relais, avant …d’en être privé par le transporteur. Proposer le compte Nickel.

•• « On ne peut pas se laisser faire », assurent les buralistes, qui aimeraient aussi être enfin visibles. Depuis plusieurs années, ils bataillent avec la municipalité pour un dispositif simple, qui permettrait de mettre en avant les commerces (tabac, supérette, coiffeur) nichés au cœur des immeubles de Schmit : un panneau de signalisation.

En mars 2018, ils obtiennent le feu vert… et attendent toujours l’installation. « je ne veux pas qu’on m’aide, qu’on me donne de l’argent, je veux juste qu’on ne me mette pas des bâtons dans les roues », demande Ahmed.

•• Les habitués trouvent ici un confident, un psychologue, parfois presque une assistante sociale qui remplit des enveloppes à poster, corrige des CV à photocopier.

Interrogée sur son travail, Valérie esquive doucement : « Si je l’aime ? J’ai du mal à répondre à cette question … » Ahmed aussi est circonspect : « je l’ai aimé. Je l’aime de moins en moins. Il y a beaucoup de stress, d’inconnues. De quoi sera fait notre avenir ? ».