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14 Mai 2019 | Profession
 

En Picardie, les amateurs de tabac moins chers connaissent bien une zone particulière de la frontière avec la Belgique à l’extrémité de l’Aisne, au nord d’Hirson. De fait, côté belge, à Macquenoise, ce dimanche matin du 12 mai, le commerce transfrontalier sautait aux yeux, selon Le Courrier Picard

Les premiers arrivants n’étaient là que pour le tabac et rien d’autre, ni pour le chocolat, ni pour les fleurs réputées aussi bien moins cher qu’en France.

•• Autres exemples.

Domiciliée à Athies en Haute-Somme, Annick se rend généralement tous les deux mois, depuis une quinzaine d’années, à Quiévrechain, près de Valenciennes.

« Ça me fait environ 200 kilomètres de voiture, une vingtaine d’euros de carburant et 4,40 euros de péage. Je me paye trois seaux de tabac blond pour un peu plus de 93 euros, quand un paquet en France fait 8 euros. Ça me coûte environ 380 euros de moins en tabac qu’en France, mes frais de déplacement déduitsCe n’est pas un budget étouffant » confie encore la mère de famille, « donc je me paie le luxe de continuer de fumer ».

Un Saint-Quentinois qui se rend lui aussi en Belgique à Néchin, juste après Lille – une fois par mois depuis trois ans – sait aussi qu’il va pouvoir fumer moins cher en s’approvisionnant outre-Quiévrain. « Avec un seau de tabac à 64,95 euros, on fume à deux pendant un mois, alors que ça nous coûterait 240 euros en cigarettes achetées en France », explique-t-il.

•• « En cette période de crise de pouvoir d’achat, chacun défend son porte-monnaie et c’est normal », commente Jacques Héry, président des buralistes de l’Aisne.

« L’harmonisation fiscale promise, ça n’en prend pas le chemin. C’est une illustration supplémentaire de cette Europe qui peut décevoir » regrette le représentant des buralistes. « Le problème ce sont aussi les ventes parallèles, les organisations mafieuses et certains qui ne se cachent même plus sur les réseaux sociaux », déplore le buraliste saint-quentinois.

Un ressortissant serbe poursuivi pour trafic-contrebande a d’ailleurs été arrêté dans l’Aisne en possession de 59 kilos de tabac. Le procès pourrait se tenir à Laon, en décembre, devant le tribunal correctionnel. Et la chambre professionnelle des buralistes de l’Aisne s’est constitué partie civile.

•• Ville de Picardie la plus proche de la frontière belge, Hirson ne compte plus que deux buralistes pour 9 000 habitants. Il y en avait encore six en 2010.

Le bar-tabac du Marché tourne bien avec le PMU et les jeux. « Les habitués et les clients sans voiture nous achètent encore des cigarettes », explique le patron Alexis Gasparosky. « Mais pour survivre, il faut se diversifier et ouvrir plus longtemps, même à Noël et au Nouvel an ».

•• Même si les pots en Belgique ont pris dix centimes, récemment, le café-tabac « Chez Mathilde » à Macquenoise, côté belge, ne désemplit pas et les plaques d’immatriculation des voitures en stationnement sont toutes française. « Notre clientèle est française à 95 % », confirme Mathilde, la patronne.

« Le malheur des uns fait le bonheur des autres » reconnaît la commerçante belge en pensant à la morosité des buralistes français, proches de la frontière. « Mais si demain les prix s’alignent, on peut fermer. Il y a un temps, les Belges achetaient le tabac en France qui était alors meilleur marché » rappelle-t-elle.