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24 Août 2018 | Profession
 

La Provence (dans son édition 24 août) a lancé une enquête sur le poids réel du marché parallèle du tabac dans la région (voir Lmdt du 7 août). Extraits.

Les cols des Alpes du Sud traversant la frontière franco-italienne et l’A51 (qui permet d’accéder aux grandes agglomérations) sont empruntés dans le but d’acheminer, notamment, d’importantes quantités de cigarettes de contrebande, comme pour les produits stupéfiants d’ailleurs. « D’où la multiplication des contrôles dans le secteur », explique l’inspecteur principal Jérôme Sales, chef de la Division Surveillance de la Direction régionale de la Douane d’Aix-en-Provence.

Le jour du reportage, aucune saisie importante de tabacs de contrebande n’a été réalisée dans les Alpes du Sud. Toutefois, « depuis le milieu du mois de juillet, les services ont saisi plus de 40 kilos de tabac de contrebandeessentiellement, lors de contrôles routiers » annonce Jérôme Sales.

•• « L’hiver, les saisonniers qui travaillent à Montgenèvre passent la frontière et livrent après les gens de Briançon en cigarettes. L’été, sans la barrière naturelle de la neige, les gens et les transporteurs, même non-fumeurs, rapportent des cigarettes pour leur famille ou les amis », dénonce Dominique Arnaud (présidente de la chambre syndicale des buralistes des Hautes-Alpes et vice-présidente de la Confédération).

Néanmoins, l’essentiel de la fraude provient des pays des Balkans, de l’Est de l’Union européenne, voire du Moyen-Orient, précisent les services douaniers. Le système d’acheminement ressemble alors à celui utilisé pour le transit de la drogue (avec la méthode du go-fast : soit une dissimulation du tabac dans des convois de véhicules roulant à vive allure).

•• « Les buralistes sont en souffrance, surtout ceux à la frontière. Mais nous ne sommes pas au point de mettre la clé sous la porte. Nous observons que les volumes de tabac diminuent dans le réseau légal. Vu que les prix ont fortement augmenté ces derniers mois, nos chiffres d’affaires restent stables », reprend Dominique Arnaud.

 « Compte tenu de l’augmentation progressive du prix du tabac, on se doute que le corollaire va être l’augmentation de la fraude et de la contrebande de tabac », ajoute Jérôme Sales, « la brigade de Gap va multiplier les contrôles sur les principaux axes routiers des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence ».

•• Gilles Garnier (président de la chambre syndicale des buralistes du Vaucluse) brandit un chiffre : 25 %. C’est ce que représenteraient aujourd’hui la contrebande et la vente illicite de tabac à travers le département. « On est loin des 50 à 60 % du trafic généré dans les zones frontalières mais c’est évidemment un pourcentage dont nous ne nous satisfaisons pas en Vaucluse … »

Dans le collimateur du buraliste : la vente à la sauvette, certaines échoppes pratiquant une concurrence illégale, les ventes sur internet, mais aussi « ces petits malins qui organisent depuis le Vaucluse des tournées en bus jusqu’en Espagne, à 15 euros la place aller-retour dans la journée ».

S’il dit apprécier la démarche de Jean-Claude Bouchet, député LR de la 2e circonscription (Cavaillon) – qui a co-signé avec Annie Génevard, députée LR du Doubs, une proposition de loi pour préserver l’activité des buralistes et renforcer la lutte contre le commerce illicite (voir Lmdt du 15 mai) – Gilles Garnier estime que l’intervention du parlementaire a été bien tardive. Selon lui, avec l’augmentation du prix du tabac, 500 professionnels devraient baisser le rideau en 2018 en France. « Et il y a de fortes inquiétudes car beaucoup se demandent aujourd’hui comment ils vont pouvoir revendre leurs fonds de commerce quand ils partiront à la retraite ».

•• Comment se défendre lorsque certains clients affirment clairement qu’ils ne vont pas s’arrêter de fumer… mais qu’ils vont aller s’approvisionner et fumer ailleurs ? « En diversifiant nos activités, en s’adaptant. Parce que nous n’avons plus le choix. En l’espace d’une dizaine d’années, de plus en plus de buralistes sont devenus multiservices. On a eu du mal, au début, avec le phénomène de la vapoteuse, mais depuis, on a rattrapé notre retard. Quasiment tous les buralistes du Vaucluse proposent aujourd’hui ces accessoires et leurs recharges ».

Globalement, la vente de tabac représenterait encore près de 70 % de l’activité économique des professionnels à travers le département, toujours selon Gilles Garnier.