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9 Sep 2018 | Trafic
 

Il n’y a pas que Barbés (voir Lmdt du 8 avril), La Chapelle (Lmdt du 27 mai) ou la gare de Saint-Denis (Lmdt du 3 février) pour alimenter le marché parallèle du tabac sur Paris et sa proche banlieue. Et pas seulement avec des produits venant du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne.

Il existe bien d’autres sources d’approvisionnement. Comme ces paquets en quantité, achetés dans des pays de l’Est, et alimentant – grâce à ces cars de voyageurs traversant nuits et jours l’Europe – l’Est … parisien.

Avec de l’alcool, en prime. Ni vu, ni connu. Enfin presque.

•• Car ce phénomène va être révélé dans son ampleur, ce mercredi 12 septembre au tribunal de Bobigny, avec la comparution de trois prévenus. Pour détention en bande organisée de tabac de contrebande et vente frauduleuse.

Les trois – complices et rivaux à la fois, de nationalité bulgare – ayant chacun monté et fait prospérer pendant quelque temps, leur combine. Avant que la Brigade anti-Criminalité (BAC) de Montreuil ne fasse voler cela en éclats, en à peine trois mois d’enquête l’hiver dernier (voir Lmdt du 19 janvier 2018).

Pour bien comprendre, revenons sur les trois protagonistes de cette affaire exemplaire.

•• Rayka M, à l’allure soignée de femme d’affaires plutôt branchée, n’avait que 60 cartouches de cigarettes et 5 000 euros en espèces avec elle, quand son domicile du 11ème arrondissement a été perquisitionné.

Mais elle est poursuivie pour une activité bien diversifiée : le trafic de clopes, d’alcool, de parfums et de téléphones. Les initiés l’appelaient et, transaction conclue, elle livrait à domicile. Apparemment sans problèmes depuis quatre ans.

Côté approvisionnement : des cigarettes et de l’alcool venant des marchés légaux bulgares ou serbes. Il lui arrivait de faire le voyage, elle-même, en car. Mais surtout, elle s’était constitué son réseau de routiers et de chauffeurs de bus des compagnies bulgares Karat-s (travaillant avec le réseau Eurolines) et Union Ivkoni, ramenant avec eux une trentaine de cartouches et une dizaine de bouteilles, pas plus, à chaque vacation … hebdomadaire. Sachant qu’une quinzaine de chauffeurs de Karat-s étaient en contact avec Rayka.

Les cartouches valent, dans leurs pays d’origine, une quinzaine d’euros. Elles étaient revendues cinquante. Quand Rayka ne livrait pas à domicile, ce sont des vendeurs à la sauvette, opérant autour d’un squat situé près de la Porte de Montreuil, côté Bagnolet, qui officiaient.

•• Ferrailleur dans ce même quartier de la Porte de Montreuil, Marin D. avait une vingtaine de cartouches, de nombreuses bouteilles d’alcool et 3 650 euros, chez lui, quand il a été perquisitionné par la BAC. Il a commencé par l’alcool, il y a trois ans, et s’était mis au tabac ces derniers mois.

Même mode opératoire que sa collègue et concurrente de proximité : avec des chauffeurs d’Union Ivkoni achetant leur trentaine de cartouches, en Bulgarie ou Serbie. Ainsi, Marin D. aurait reçu entre 150 et 200 cartouches par semaine.

•• Quant à Valentin A. (15 cartouches et 2 125 euros avec lui, quand les policiers l’ont surpris), il vendait lui-même, avec son frère, les cartouches bulgares au niveau du squat de Bagnolet mentionné plus haut. Barbès lui servant de « centre de réapprovisionnement » en cas de nécessité. Manifestement, il avait des complices qui n’ont pas été identifiés.

•• À suivre. Car il y a dire sur ce trafic suffisamment « banal » pour passer sous les radars mais dont l’extrême régularité finissait par lui donner l’ampleur d’une contrebande portant sur des milliers de cartouches.

Autant de moins pour les buralistes de banlieue et de Paris.