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Linéaire paquet neutreÀ quelques mois du déploiement du paquet neutre, l’hebdomadaire régional La Semaine a poussé la porte de quatre buralistes parmi les plus emblématiques de Metz, où leur contingent ne cesse de s’étioler (de 40 à 20 débits en douze ans).

Des témoignages comparables à ceux que nous présenté récemment (voir Lmdt du 24 mars). Extraits.

• Patrick Claudot est à la barre du « Totem » depuis treize ans, une institution centenaire. Ouvert sept jours sur sept, jusqu’à 23 heures, c’est aujourd’hui le point de rencontre des noctambules, idéalement situé entre salles de cinéma, commerces et bars. « S’ils s’imaginent que ça va inciter les gens à s’arrêter de fumer (à propos du paquet neutre) … Le cannabis, c’est illégal, non ! eh bien, j’ai fait le calcul : chaque jour, je vends assez de feuilles de papier de cigarettes à rouler pour faire 1 500 joints ».
Chaque semaine, le Totem met en rayon jusqu’à 60 cartons d’une trentaine de cartouches de cigarettes. Le paquet neutre, ce sera un casse-tête : « comment se repérer ? Quel temps va-t-on perdre ? »
Pour le reste, Patrick Claudot croit avoir trouvé la parade. En novembre 2015, 150 000 euros ont été investis dans la rénovation de l’établissement qui a réduit son offre presse, mais maintenu intacte celle dédiée au tabac. « Des bureaux de tabac vont fermer, vous savez … Et puis, pourquoi réduire ? Si le client demande un paquet et que vous ne l’avez pas, au bout d’une ou deux fois, il ne reviendra plus ».
Le Totem propose déjà des boîtes en métal customisées dans lequel ranger ses cigarettes et, dans un autre registre, des vitrines pleines d’objets-souvenirs pour répondre à la demande des touristes.

• « Quelle image les gens vont avoir de nous ? » s’indigne Florence Deconchon, buraliste depuis treize ans d’un tabac-presse proche de la faculté. « Jusqu’ici les gamins entraient avec bonheur pour y acheter Picsou Magazine et des bonbons. A l’avenir, ils vont être confrontés à des fantômes. Y a-t-il un seul autre type de commerce qui va inspirer ce ressenti ? ».
Elle se sent trahie. Et rappelle qu’avant d’investir, elle a signé un engagement à respecter la loi : « Mon employeur, c’est les Douanes. Or, je suis la seule fonctionnaire autorisée à bosser vingt-trois heures par jour. Pourquoi on ne dit pas clairement « la vente de cigarettes est interdite ». Ce serait plus honnête, je n’aurais pas l’impression de vivre sous la menace de perdre ma maison et ma famille ».
Pour elle se greffe un autre problème : la contrebande à l’œuvre dans cette rue du centre-ville réputée pour alimenter différents trafics. Dans son viseur, les kebabs du coin « où l’on vend des cigarettes venues d’ailleurs … On me pique un peu de clientèle. Même si je n’en veux pas aux clients qui achètent dans les kebabs. Souvent, ils ne se rendent pas compte que c’est illégal et que ça me porte préjudice ».

• « On le vit très mal. Déjà qu’on travaillait mal ». Au « Chagall », tenu par deux sœurs buralistes depuis quinze ans, le chiffre d’affaires s’est effondré de 10 % entre 2014 et 2015. A un ou deux ans de la retraite, elles n’ont pas l’intention de s’arrêter, mais « qui achètera une chose pareille maintenant ? » Le tabac représente 60 % des ventes. Ajoutée à une nouvelle augmentation, qu’elles pressentent, et l’arrivée du paquet neutre, « en tant que frontaliers, on est mort. Et personne ne nous soutient. Est-ce qu’on a manifesté ? Est-ce que vous nous avez entendus ? On parle de subventions, mais je ne perçois aucune subvention. On est tout seul dans ce contrat ». Pour elle, « la concurrence n’est pas équitable ». Il y a la contrebande déjà. Et puis le Luxembourg, évidemment.

• « On nous a mordu dans le mollet et maintenant on ne nous lâche plus », constate Gilles Bohr, patron du tabac-presse « Le Longchamp », rejoint en 1983 aux côtés de son beau-père, Rémy Tritschler (président de la Confédération de 1987 à 1999, décédé il y a deux ans / voir Lmdt du 11 avril 2014). « Rien que dans les parages, j’ai vu fermer les bureaux de tabac de la place des Charrons, de la rue Mazelle, de la rue du Grand Cerf ». Céder l’affaire ? La transmettre en famille ? Il n’y songe même pas. Le bureau de tabac du futur ? « Si j’avais une solution, j’aurais déjà entamé ma mutation ». Fut un temps où « la presse ou le tabac étaient des produits d’appel », les clients repartant avec des articles de maroquinerie pour fumeurs. « Aujourd’hui, quel gamin irait acheter un briquet en cadeau pour son père ? ». Un client lui demande un paquet de cigarettes à capsules, destiné à disparaître : « chez nous, c’est l’équivalent de 10 % du chiffre d’affaires ».