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OMS FCTC MoscouLa sixième session de « l’organe directeur de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac » (FCTC), organisée cette semaine à Moscou (voir Lmdt des 16, 14 et 13 octobre) a vu se livrer, en coulisses, un autre combat surfant sur la « théorie du complot » : « se protéger de l’industrie du tabac qui, même exclue des discussions, tente dans l’ombre d’infléchir les débats » (sic). A travers plusieurs anecdotes, l’AFP nous plonge au cœur de l’ambiance délétère de la conférence, où le refus de dialogue confine au refus de la réalité …

Dès le départ, la directrice de l’OMS, Margaret Chan, avait fixé le cadre des débats et mis en garde contre la présence de l’industrie du tabac : « les cigarettiers insistent pour faire partie intégrante du débat afin d’apporter des solutions (…) mais octroyer une place à l’industrie du tabac reviendrait à demander à des renards de s’occuper de vos poules … Ne les laissez pas vous séduire ».

Si aucun représentant des industriels n’a donc pu participer aux débats (tout comme Interpol … dont la demande de statut observateur de la Conférence a été bruyamment rejetée par les délégués pour cause de relations avec cette même industrie), la présence d’autres acteurs de la filière tabac (qualifiés systématiquement de lobbyistes pro-tabac dans la dépêche) aura plus que fait débat.

• Ainsi, de François van der Merwe, président de l’Association internationale des Producteurs du tabac (ITGA). Lundi, une heure après le début de la conférence, il a été, avec d´’ autres, conduit hors des rangs réservés au public. « Nous n’avons pas besoin de public ici ! », a lancé la déléguée de l’Ouganda. « Ils nous ont hués », raconte à l’AFP François van der Merwe, « je représente 30 millions de fermiers. Est-il juste qu’ils m’expulsent alors qu’ils décident de notre avenir dans cette salle ? ».
Pour le porte-parole de l’ONG Corporate Accountability International, Jesse Bragg, l’expulsion se justifiait : « ces places sont quasiment toutes raflées par des personnes qui travaillent pour l’industrie du tabac et qui arpentent les couloirs tous les jours pour convaincre les délégués de ne pas voter les mesures antitabac ». Persona non grata à la Conférence, le président des producteurs a, du coup, organisé sa propre conférence de presse.

• Ainsi, de l’International Tax and Investment Center qui a organisé une réunion, la veille de l’ouverture de la Conférence « dont le carton d’invitation aurait entretenu la confusion sur ses liens avec la conférence sous l’égide de l’OMS », selon l’AFP. « Nous avons dû envoyer une note expliquant qu’il ne s’agissait pas de l’une  de nos réunions et incitant les délégués à ne pas y participer », a réagi l’un des organisateurs de la Conférence, « nous avons des soupçons concernant l’ingérence du lobby pro-tabac dans notre propre conférence  ».

• Ainsi d’Alliance One International (transformateur de feuilles de tabac) dont un représentant a été « repéré » et pris à partie à la sortie d’une salle où il discutait avec trois délégués.

Les fabricants, pour leur part, reprochent aux anti-tabac leur manque de transparence en refusant la publicité des débats. Il s’agit « d’une flagrante violation des propres règles du FCTC, qui précisent que les sessions doivent être tenues en public », critique la porte-parole de Philip Morris International, Iro Antoniadou.

Un casse-tête la transparence, pour ces anti-tabac si prompts à l’exiger de l’industrie du tabac ? « L’OMS est face à un défi », répond le porte-parole de l’ONG Corporate Accountability International, « comment assurer la transparence de notre conférence sans permettre à l’industrie du tabac de participer ? Car ils utilisent ce même désir de transparence pour menacer tout le processus ».  Qu’en termes choisis, ces choses-là sont dites … C’est de refus de concertation et d’un minimum de dialogue dont il s’agit.