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19 Mai 2018 | Observatoire
 

Les supermarchés en périphérie ont moins la cote et désormais les enseignes de proximité, avec leurs kyrielles de services, prennent d’assaut le centre-ville. Pourquoi et comment ? Enquête de La Dépêche du Midi (édition du 16 mai) à Toulouse. 

•• Cette tendance, apparue il y a environ dix ans, ne fait que s’amplifier, répondant ainsi à une libre concurrence du commerce alimentaire. « Jusqu’à 1000 mètres carrés de superficie, ce secteur est non régulé. À l’inverse de celui des pharmacies », indique Ronan Maheo, responsable développement commerce à la CCI de Toulouse (il aurait pu parler aussi des buralistes / ndlr). Autrement dit, deux enseignes de proximité peuvent s’installer dans une même rue, sans problème.

Pour ce professionnel, cette tendance spécifique au centre-ville répond à une demande du consommateur, soucieux de faire désormais ses courses rapidement, près de chez lui : « Il y a trente ans, on dédiait une heure trente à cette tâche. C’est désormais 45 minutes » constate Ronan Maheo, « aujourd’hui, l’hyper en périphérie n’a plus la cote. D’où leur restructuration pour doper une attractivité en berne ».

•• À Toulouse, on dénombre ainsi 38 magasins Carrefour (Carrefour City, Express, Huit à Huit et une déclinaison bio avec l’enseigne Bon App de snacking). « Ces implantations exigent une étude de marché sévère avec une zone de chalandise limitée à 300 mètres, pour permettre au client de faire ses courses à pied et gagner ainsi du temps », assure Gilles Hébert, directeur opérationnel pour la proximité Carrefour Sud-Ouest.

La multiplication d’enseignes est liée aussi au « changement social avec de plus en plus de mono ménages (célibataires, étudiants), peu enclins à aller en périphérie. Sans oublier l’aspect social procuré par ce type de magasin notamment aux seniors ».

Concurrent direct de Carrefour, le groupe Casino (Le Petit Casino, Spar, Vival, Monoprix et Monop, Leader Price). « Des enseignes qui se sont au fil du temps, rénovées pour satisfaire au plus près le public : grande amplitude horaire et ouverture le dimanche », rappelle Ronan Maheo. Mais dotées aussi de prix attractifs et d’une large référence de choix avec, à la clé, une multitude de services : point relais Poste, livraison express en 1 heure ou encore drive piéton (Carrefour), espaces de rôtisserie, de snacking. Voire un positionnement haut de gamme pour Le Petit Casino et le développement d’une gamme bio.

•• Signent-elles la fin du petit commerce ? « C’est une évidence », affirme Jacques Gony, fondateur du concept épiceries de nuit à Toulouse, en 1987. « Jadis la petite épicerie, tenue souvent par un Maghrébin, était ouverte tard le soir et le dimanche. Un dépannage pour le client. En s’insinuant dans ce même créneau, les enseignes de proximité ont signé sa mort ».

À l’inverse, pour Gilles Hébert, le petit commerce, notamment le métier de bouche, a sa carte à jouer dans ce paysage commercial : « le petit commerce a un vrai savoir-faire que les enseignes de proximité n’ont pas. Seul un boulanger pétrit son pain. Ils sont à mon sens, une complémentarité sur un quartier ».

Un avis partagé par Serge Baggi, président de l’association des riverains Barrière de Paris, « notre quartier est émaillé d’une multitude d’enseignes de proximité. Paradoxalement, on a constaté le retour de commerces de proximité. La ville doit donner un coup de pouce à ces petits commerces pour les inciter à s’installer ».