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11 Mai 2019 | E-cigarette
 

Article mi-figue, mi-raisin sur le lancement en France de la Juul (voir Lmdt du 11 mars) dans Le Parisien Week-End. Extraits.

•• Depuis la rue, Ibtissam a repéré le présentoir rétro-éclairé qui trône au milieu de la boutique Green and Vape (Paris 1er). « Ma sœur a acheté une Juul, puis une amie de ma sœur, et aujourd’hui j’en vois de plus en plus », explique l’étudiante infirmière de 24 ans, penchée sur une vitrine remplie de ce qui ressemble à une clé USB un peu longue.

Bien décidée à arrêter le tabac – « c’est trop cher et ça sent mauvais » –, la jeune femme a poussé mi-avril la porte de ce magasin dans le seul but d’acheter un exemplaire de la plus branchée des cigarettes électroniques. « Elle est discrète, stylée, et moins imposante que les vapoteuses. Il paraît même que Rihanna en a une ! » croit savoir Ibtissam.

Commercialisée en France depuis le 6 décembre 2018, la Juul débarque des États-Unis précédée d’une réputation d’« iPhone de la cigarette électronique ». « Des semaines avant sa sortie, des clients me demandaient quand elle arriverait en magasin », assure Vanina Paolacci, la gérante de Green and Vape.

•• La Juul fonctionne grâce à des recharges pré-remplies, baptisées pods, qu’on jette quand elles sont finies, un peu comme les capsules de café. La cibiche du futur, vendue 30 euros, se recharge sur une prise USB en une heure environ, pour une journée d’utilisation. Contenant 1,7 % de nicotine – le maximum autorisé en France, contre 5 % aux États-Unis –, chaque pod, au goût menthe, tabac blond, vanille, pomme ou mangue, contient 200 bouffées (l’équivalent d’un paquet de blondes) pour 3 euros.

•• De quoi réaliser auprès des 12,5 millions de fumeurs français le même carton qu’aux États-Unis, où elle a raflé 73 % du marché de la vape en moins de deux ans ? « Nous n’en sommes qu’au début, mais l’accueil que nous recevons aussi bien en magasin que de la part des consommateurs est très positif », explique Ludivine Baud, directrice générale de Juul Labs France, sans donner plus de précisions. Vendue dans un premier temps dans les boutiques spécialisées à Paris, elle est aujourd’hui présente dans les 20 plus grandes villes françaises. Depuis janvier, on la trouve aussi dans les bureaux de tabac. « Avec la Juul, j’ai multiplié mon activité vape par deux ou trois en trois mois », annonce Cyrille Geiger, gérant de la Civette Élysée Washington (Paris 8e). « Elle plaît particulièrement aux quadras et aux femmes. »

•• Seulement voilà, aux États-Unis, la start-up est aussi accusée d’avoir converti des centaines de milliers d’ados à la clope, fût-elle électronique. (…) À tel point que la Food and Drug Administration (FDA), le gendarme américain des aliments et des médicaments, a alerté en septembre dernier sur « l’épidémie d’utilisation de la cigarette électronique chez les adolescents » et posé un ultimatum aux fabricants, Juul en tête. « Notre mission est d’aider le milliard de fumeurs adultes à arrêter la cigarette combustible », se justifie Ludivine Baud. « Nous avons pris des mesures pour lutter contre l’accès des jeunes à la cigarette électronique », en retirant notamment de la vente des parfums très marketés « ados », comme crème brûlée, ou encore en arrêtant toute communication sur les réseaux sociaux. La « mission » de Juul ne va cependant pas jusqu’à proposer des pods sans nicotine…

•• (…) En France aussi, la vigilance reste de mise. Le ministère de la Santé rappelle ainsi que, s’il préconise une communication bienveillante à l’égard de la cigarette électronique, il met en garde contre le risque qu’elle devienne « une entrée des jeunes vers des consommations sur lesquelles aucune certitude scientifique n’existe quant à leur impact sur la santé ».