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7 Juin 2018 | Observatoire
 

Une entreprise du Finistère s’attaque, à sa façon, au problème des mégots en recyclant ces déchets bourrés de substances chimiques toxiques (voir Lmdt des 12 mai et 26 avril 2018).

L’AFP consacre une dépêche-reportage au développement de MéGo ! dont nous avons déjà parlé ici-même, depuis un an (voir Lmdt des 11 janvier 2018 et 16 juin 2017). 

•• « Nous sommes la seule entreprise en France à recycler des mégots de cigarettes », se félicite Bastien Lucas, qui a créé l’entreprise il y a deux ans. Depuis, celle-ci a recyclé quatre tonnes de mégots, soit 9,5 millions de filtres.

Nichée dans une petite zone artisanale d’une commune proche de Brest, l’entreprise MéGo ! recycle ainsi les mégots après les avoir débarrassés de la quasi-totalité (entre 90 et 100 %) des près de 4 000 substances chimiques qu’ils renferment, dont 50 sont réellement toxiques.

•• Dans un premier temps, les mégots sont broyés pour séparer les résidus des cendres, tabac et papier des filtres. Ces derniers sont ensuite lavés dans plusieurs bains d’eau, en circuit fermé, puis séchés et à nouveau broyés avant un thermo-compressage. Résultat : des plaques d’acétate de cellulose marron, parsemées de marbrures, avec lesquelles l’entreprise fabrique des bancs à installer dans des zones fumeurs autour de cendriers.

•• Grâce à des partenariats, la société collecte des mégots dans toute la France, mais aussi en Belgique : auprès de quelque 150 clients, essentiellement des entreprises, mais également des villes dont Paris, Castres, Nantes, Grenoble ou encore Plougonvelin, dans le Finistère.

Dans cette petite commune littorale, l’entreprise a fourni six cendriers disposés en bordure de plage, devant l’auto-école ou près du cinéma. « On avait énormément de mégots par terre et notamment sur la plage », explique Christine Calvez, adjointe au développement durable. « Je ne vais pas vous dire que c’est parfait mais c’est nettement mieux et je pense que dans la tête des gens, ça y est, on commence à réfléchir : on ne jette pas le mégot par terre », ajoute l’élue de la commune qui verse 220 euros par trimestre à MéGo ! pour la collecte du contenu de ses cendriers. « À terme, on s’y retrouve car on dépense moins en nettoyage », souligne-t-elle.

•• « C’est vraiment le sens le plus profond de notre activité, d’amener les fumeurs à ne plus jeter leurs mégots de cigarette par terre et de démontrer que cette matière est recyclable », souligne Bastien Lucas lors d’une visite de l’unité de recyclage de Bourg-Blanc, où l’odeur de tabac froid est particulièrement prenante.

Plusieurs initiatives similaires commencent à émerger dans le monde et notamment au Canada, en Inde ou en Tunisie.

« En Europe, les mégots sont essentiellement recyclés en acétate de cellulose, tandis qu’en Asie, ils sont transformés en laine de roche ou de verre pour l’isolation des bâtiments », explique Pierre Félix Pieri, fondateur de la société Gumégo, installée à Bastia et partenaire de MéGo ! pour la collecte.

•• Depuis les années 1980, les mégots représentent entre 30 et 40 % de la totalité des déchets ramassés annuellement le long des côtes et dans les zones urbaines, avait noté l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans un rapport de 2017. Un seul mégot pollue 500 litres d’eau, souligne le document qui préconise un retour aux cigarettes sans filtre.

•• De son côté, la Commission européenne a proposé fin mai de nouvelles règles pour réduire la pollution des océans, dont l’obligation pour les fabricants de cigarettes de prendre en charge une partie des frais de collecte et de recyclage des mégots.