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10 Oct 2018 | Pression normative
 

Le déploiement d’une filière « Responsabilité élargie du Producteur (REP) mégots », comme le propose à l’industrie du tabac la secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson (voir Lmdt des 6 et 5 octobre), serait-t-il une solution réellement efficace ?

Sylviane Oberlé, responsable du département Prévention des pollutions à l’Association des Maires de France (AMF), a émis plusieurs réserves à ce propos dans une interview à Maire Info. 

•• En effet, la spécialiste de l’AMF souligne qu’une telle mesure ne fournit qu’un cadre administratif et financier et ne préjuge pas des solutions opérationnelles mises en œuvre.

Sylviane Oberlé se montre, d’une part, « extrêmement prudente » sur l’idée d’un recyclage des mégots : « Il s’agit de produits qui présentent une certaine toxicité, et cela peut poser problème de les remettre d’une façon ou d’une autre sur le marché. Il faut au minimum des informations sur le risque, ou non, de répandre des toxiques dans l’environnement. »

•• Par ailleurs, elle se dit plus que réservée sur l’idée d’une collecte séparée des mégots, qui serait « hors de prix ».

Les mégots constituent en effet un type de déchets très particulier, dans la mesure où ils sont à la fois extraordinairement nombreux ainsi que très petits et légers : il est délicat de chiffrer leur tonnage, mais ils représentent à peine quelques dizaines de milliers de tonnes (dont seule une partie arrive sur la voie publique), ce qui est dérisoire par rapport aux déchets des autres filières (345 millions de tonnes par an, dont 30 millions de tonnes de déchets ménagers, selon l’Ademe).

« Il est donc impératif de continuer à mutualiser la collecte des mégots avec les autres déchets. Il est toujours possible ensuite de déterminer des ratios. »

•• Sylviane Oberlé estime qu’il ne faut pas négliger l’impact des mesures de prévention et de sensibilisation des consommateurs, d’autant plus qu’elles sont susceptibles de diminuer significativement les mégots à collecter sur la voie publique. « Une bonne partie des fumeurs qui jettent leurs mégots dans les caniveaux croient bien faireparce qu’ils ignorent que les mégots qui vont à l’égout polluent l’eau. »

•• L’AMF avait d’ailleurs déjà proposé dans ce domaine, il y a plusieurs mois, de demander aux industriels d’apposer, sur les paquets de cigarettes, des messages en ce sens. Ce qui est actuellement impossible avec la réglementation du paquet neutre (ndlr).

•• Enfin … « toutes ces opérations nécessitent un financement, qui sera d’autant plus facile à évaluer que le plan d’actions sera précis », conclut Sylviane Oberlé.