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25 Août 2019 | Trafic
 

Au tour du quotidien La Provence de mettre un coup de projecteur sur la nouvelle Brigade spécialisée créée – en mai dernier, au sein de la police marseillaise – pour lutter spécifiquement contre la vente à la sauvette de tabac de contrebande (voir Lmdt des 21 et 16 août).

Pour les six enquêteurs de cette unité à la mission ciblée, il s’agit de porter des coups à un marché parallèle du tabac tentaculaire et très lucratif, en tentant, de préférence, de taper à la tête pour tarir la source.

En effet, alors que le paquet de cigarettes devrait atteindre les 10 euros en 2020, les organisations criminelles ont eu vite fait de comprendre l’intérêt d’investir massivement ce business illicite, souligne le quotidien. Avant de revenir sur la question de la pénalisation de l’acheteur.

•• De fait, Marseille, de par sa situation géographique, est une véritable plaque tournante : « C’est la porte d’entrée du bassin méditerranéen. 70 à 80 % des saisies effectuées en PACA le sont à Marseille. Par ailleurs, on estime que les cartouches arrivent 70 % par son port, 30 % par son aéroport » rappelle la Douane.

Exemple : au premier trimestre 2019, ses fonctionnaires ont intercepté, sur les voyageurs à l’aéroport de Marignane, près d’1,5 tonne de cigarettes…

Au deuxième trimestre 2018, détaillait il y a quelques mois le cabinet KPMG, « plus de la moitié (55,1 %) du tabac consommé dans la cité phocéenne n’était pas issu du réseau des buralistes ; soit une hausse impressionnante de 20,7 points par rapport au dernier trimestre de 2017 ».

•• Ceci pour le plus grand profit de trafiquants de tabac, désormais structurés comme les réseaux de stupéfiants : importateurs, mules, grossistes, nourrices, guetteurs … Et bien sûr, en bout de chaîne, des petites mains tenant en éventails des paquets à 5 euros importés de Chine, d’Afrique du nord ou d’Europe de l’Ouest.

Pour la plupart, il s’agit d’hommes jeunes en situation irrégulière, qui n’ont que ce trafic pour assurer leur subsistance. Ils risquent gros.

•• À l’instar des stups, là encore, des guerres de territoires opposent régulièrement des équipes en quête d’une meilleure place et se terminent, parfois, au couteau. « Nous avons ces dernières années une multitude de personnes à peine majeure blessées ou tuées dans des rixes liées à ce trafic de la misère » souffle une source policière (voir Lmdt des 25 janvier 2019 et 2 janvier 2018).

•• « Sur cette question de la contrebande, nous sommes sur un enjeu de santé publique. Mais aussi, sur un enjeu important en termes de sécurité. Cela génère énormément de violences, au marché aux puces particulièrement » confirme la députée Alexandra Louis (LREM), en se félicitant de la création de cette brigade.

Avec sa collègue Elise Fajgeles – élue LREM à Barbès, un quartier de Paris où le problème est également prégnant – l’élue  s’est promise de faire voter un décret punissant les acheteurs d’une contravention de 35 euros : « nous entendons ainsi responsabiliser les acheteurs qui ont un rôle essentiel dans ce trafic ».

•• Un raisonnement qui pourrait passer pour paradoxal dans une ville où les réseaux de vente de shit pullulent, malgré le harcèlement quotidien des policiers, et où les joints se fument à ciel ouvert, en dépit de la législation existante.

« On peut toujours ajouter une loi à une loi » balaye un policier de terrain, « mais avec les difficultés que nous rencontrons déjà sur le front de la drogue et des vols avec violences, je ne pense pas que la priorité des collègues sera de traquer des fumeurs dans la rue pour savoir si leur cigarette vient de Chine ou du tabac du coin ».