Une fenêtre sur l’actualité quotidienne de tous les événements évoquant directement ou indirectement le tabac
16 Août 2019 | Trafic
 

À Marseille, une nouvelle Brigade vient d’être créée, fin mai, par le Commissaire divisionnaire des quartiers nord, Patrick Longuet : pour lutter exclusivement contre la contrebande de tabac. 

Ses six membres ne s’intéressent pas seulement à la partie visible de la vente à la sauvette, mais ils cherchent aussi à remonter dans le cœur des organisations derrière le trafic. Ils comptent également … sur une prochaine pénalisation des acheteurs (voir Lmdt du 29 novembre 2018). Une envoyée spéciale du JDD / Journal du Dimanche a suivi leur travail. Extraits de son reportage, publié le 11 août.

•• Ça démarre comme un polar. Le 8 août, sur le parking du marché aux puces du 15e arrondissement, au cœur des quartiers Nord, la vitre d’une ­berline au gris impeccable s’abaisse, laissant apparaître une femme blonde. Elle tend un billet de 50 euros à un fin garçon brun, en short et claquettes, qui lui remet en retour une cartouche de Marlboro. L’échange a duré une poignée de secondes.

•• À quelques mètres de là, dans ce qui ressemble à une file d’attente pour « un drive » de cigarettes illicites, le brigadier-chef Stéphane Touquet et sa collègue Nadège, à bord de leur voiture banalisée, n’en perdent pas une miette.

Après des heures de planque, des contrôles et des interpellations en cascade, aucun recoin de ce souk géant ne leur est étranger. Les quelque 100 vendeurs, qui se relaient ici jour et nuit, « on les connaît tous par leur surnom » explique Nadège, « il y a Requin, Nounours, et lui là, Queue-de-cheval, on l’a interpellé hier … »

•• Les six membres de la Brigade veulent, certes, gêner les revendeurs par « une stratégie de harcèlement », afin de « nettoyer » ce supermarché de la contrebande. Mais ce qu’ils cherchent, surtout, c’est remonter les organisations pour en faire tomber les têtes. Comme dans le trafic de stupéfiants, les groupes sont très bien organisés : « Il y a le vendeur, le chouf [guetteur], la nourrice », détaille le commissaire Longuet.

Toute la semaine, les collègues de Stéphane Touquet ont pris en filature ce qu’ils appellent un grossiste, chez qui transite la marchandise. Car pour qu’il y ait des suites judiciaires, les policiers doivent tomber sur un flagrant délit.

•• Parfois, ils ont l’impression de « vider la Méditerranée à la petite cuillère ». « À partir d’une cartouche trouvée sur lui, on peut mettre un mec en garde à vue »  détaille Stéphane Touquet, « mais dans certains cas, on a à peine fini de taper la procédure que le mec est déjà sorti ».

Alors que le prix d’un paquet de tabac devrait atteindre 10 euros en 2020, le marché parallèle se développe, reprend le JDD. « Aujourd’hui, un paquet de Marlboro aux puces vaut 5 euros ; il y a encore quelques années, il était à 3,50 euros » précise le brigadier-chef.

•• Au sous-sol du commissariat de la division Nord, entre les armes de guerre et le cannabis, s’élève la montagne des saisies de la nouvelle Brigade depuis sa création, il y a trois mois : 12 000 paquets illicites de Marlboro, L&M, American Legend …

Une bonne part provient d’une perquisition dans un appartement du 15e arrondissement, début juillet : 250 cartouches (vendues à Marseille 50 euros l’unité, achetée 13 euros en Algérie) ainsi que 900 plaquettes de médicaments anxiolytiques.

•• Dans une salle au rez-de-chaussée, un vendeur, short rouge vif et regard perdu, hurle en boucle qu’il n’est « pas un fils de pute ». Drogué aux médicaments de contrebande, ce sans-papiers est en garde à vue. Il vient d’être interpellé avec un sac de courses plein de cartouches en provenance d’Algérie.

Elles y sont pour la plupart fabriquées légalement dans les usines Philip Morris, avant de gagner illégalement la France, généralement par le port de Marseille. Soit avec les milliers de passagers qui accostent chaque jour – si nombreux à embarquer avec des cartouches que les douanes peinent à tous les contrôler – soit par des conteneurs entiers remplis de tabac, reprend le JDD.

•• « Le profil type du petit vendeur » renseigne le brigadier-chef, « c’est un Algérien de Constantine, clandestin. Il a entre 17 et 30 ans et, à la base, il fuit la misère sociale de son pays. Arrivé ici, la facilité, c’est d’être vendeur de clopes ».

La contrebande de cigarettes est aussi le business de la misère : « quand on les interroge, ils ont tous les mêmes rêves : obtenir leurs papiers, se marier, avoir des enfants ».

•• Sur la proposition des deux députées LREM, Alexandra Louis (Bouches-du-Rhône) et Élise Fajgeles (Paris) un décret doit être pris en marge de la Loi de Programmation de la Justice confirme-t-on au cabinet de la ministre de la Justice, pour pénaliser les acheteurs de cigarettes de contrebande avec une contravention de deuxième classe (35 euros).

« On constate qu’il ne suffit pas de sanctionner les vendeurs » explique Alexandra Louis, qui est aussi avocate, « ils écopent d’amendes et sont la plupart du temps insolvables. En revanche, pas d’acheteurs, pas de vendeurs » (voir Lmdt du 25 novembre 2018).

(Voir aussi Lmdt des 27 et 13 mai 2019 ainsi que du 25 janvier 2019 et du 4 octobre 2018)