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24 Août 2016 | Pression normative
 

OMSÀ l’approche du prochain sommet anti-tabac de l’Organisation mondiale de la Santé (COP 7 / voir Lmdt des 22 août et 30 juin), des tribunes sur les méthodes et les « combats affichés » de l’ONG apparaissent. La dernière en date, publiée sur le site Économie Matin ce 23 août et signée par Nathalie Dauclerc, cadre en hôpital, n’hésite pas à mettre en exergue « l’opacité et le conservatisme » des années Margaret Chan. Extraits révélateurs sur le fonctionnement d’un poids lourd de la pression normative qui doit bien justifier sa raison d’être …

•• « Le 1er juillet 2017, Margaret Chan cèdera sa place à un nouveau directeur général aux commandes de l’OMS (voir Lmdt du 8 mai). En fonction depuis 2006, la Chinoise fait face à de nombreuses critiques formulées à l’encontre la structure basée à Genève, qui compte près de 8 000 employés et possède des bureaux dans 150 pays sur ses 194 membres. Dépendante de l’Organisation des nations-unies, l’OMS s’appuie sur un budget annuel colossal, constitué aux trois-quarts de contributions volontaires. Sur ses 2,5 milliards de dollars de financement, plus de 20 % proviennent du gouvernement américain, qui débourse près de 230 millions de dollars au titre de la participation obligatoire des pays-membres et 300 millions de contributions volontaires. Deuxième donatrice la plus généreuse, la Fondation de Bill et Melinda Gates verse chaque année 256 millions de dollars à l’OMS, suivie du Royaume-Uni (203 millions) et du Canada (107 millions). Avec 67 millions, la France, elle, donne à peine autant que le Rotary International (66 millions).

« À la tête de ce budget digne d’un petit État, l’OMS peine toutefois à justifier d’un usage à la hauteur des exigences de ses donateurs. Comme d’autres organisations non-gouvernementales, l’entité est accusée de manquer de transparence dans sa gestion financière. Récemment, l’achat d’équipements pour un montant 2,1 millions de dollars auprès de l’ami d’un responsable d’un des six bureaux régionaux avait créé un mini-scandale, le prix de la marchandise s’étant avéré beaucoup plus élevé que parmi la concurrence. L’opacité de l’OMS a d’ailleurs fait l’objet d’un audit réalisé par l’ONU en 2015, qui a révélé une hausse de 66 % de demandes d’investigation à propos de méfaits par rapport à 2014. Cette même étude a également constaté une augmentation des cas de fraudes de 166 % en 2015, soit 2,5 fois plus qu’auparavant.

•• « Si la mauvaise gestion des fonds pose un problème certain, l’orientation conservatrice de l’action de l’OMS fait aussi débat, notamment vis-à-vis des innovations. La lutte anti-tabac est ainsi victime de cette réticence unilatérale, qui se manifeste par une hostilité destructrice à l’encontre des cigarettes électroniques et autres appareils de vapotage, alternatives au tabagisme classique. Depuis leur apparition sur le continent asiatique en 2004, l’OMS s’entête à vouloir réguler ces produits au même titre que les cigarettes traditionnelles, voire de les interdire. « Tous les gouvernements devraient interdire les cigarettes électroniques ou appareils de libération électronique de nicotine », a encore déclaré Margaret Chan l’an dernier (voir Lmdt du 26 août 2014), tandis que l’établissement de santé publique d’Angleterre reconnaissait dans le même temps que les cigarettes électroniques étaient à 95 % plus sûres que les traditionnelles (voir Lmdt du 19 août 2015).

« Dans son rapport sur le tabac dans le monde publié en 2015, l’OMS a recommandé la taxation du tabac à hauteur de 75 % du prix du paquet, privilégiant une nouvelle fois la répression à la prévention. Sur les 200 pages du document, une seule concerne les cigarettes électroniques, que les gouvernements sont encouragés à réglementer, voire à interdire. Les effets positifs de l’e-cigarette et autres produits du tabac sans combustion sur la réduction et l’arrêt du tabagisme traditionnel n’y sont évoqués nulle part …

« Comble de son manque de clairvoyance, l’organisme a publié le 1er juin un communiqué sur les risques de la consommation de tabac en Syrie, alors que le pays fait face à des dangers bien plus imminents. « La crise actuelle ne doit pas servir d’excuse aux Syriens pour mettre leur vie en danger », pouvait-on y lire. À l’image de son action sur le tabac, l’OMS doit clairement revoir ses priorités les plus fondamentales, sous peine de voir dans un futur proche ses investisseurs se tourner vers un organisme moins controversé » (voir Lmdt du 10 juin).