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6 Août 2020 | Trafic
 

À l’occasion d’une grosse saisie de 12 tonnes tabac à chicha de contrebande (voir ce jour), Olivier Dussopt, ministre des Comptes publics, fait le point sur la lutte contre les trafiquants dans Le Parisien / Aujourd’hui en France. Nous reproduisons l’interview dans son intégralité.

Dans quelle mesure le déconfinement a-t-il relancé l’activité des trafiquants  ?

Olivier Dussopt : Depuis la réouverture des frontières et la fin du confinement, les Douanes ont constaté 1 200 infractions et saisi 33 tonnes de tabac. Très récemment, nos services ont démantelé un trafic à destination de la Grande-Bretagne. À cette occasion, 13 tonnes de tabac ont été détruites. En 2019, 44,3 tonnes de tabac à narguilé de contrebande ont été saisies.

Le syndicat des buralistes estime que 95 % du tabac à chicha fumé en France n’a pas été acheté dans le réseau légal …

Olivier Dussopt : C’est beaucoup … Nous pensons avoir des saisies similaires en 2020 à celles de 2019, et ce malgré le confinement qui avait asséché le marché transfrontalier. Entre 2018 et 2019, nous avions effectué 50 % de saisies de plus de tabac, soit 240 tonnes de tabac en 2018 et 360 tonnes en 2019. Dans le détail, ces 360 tonnes correspondent environ à 160 tonnes de cigarettes, 45 tonnes de tabac à narguilé, 1,3 tonne de cigares et 150 tonnes de tabac brut.

L’augmentation des saisies est-elle liée à l’accroissement du trafic ou à une meilleure efficacité des Douanes ?

Olivier Dussopt : Les deux. En 2019, les Douanes ont opéré 110  000 missions qui avaient pour objectif le trafic de tabac. Les plus gros tonnages de saisies réalisés concernent des réseaux criminels organisés, parfois en lien avec des organisations terroristes. Les trafics traversent l’Europe, passent par la Belgique, l’Allemagne. Des ponts d’acheminement viennent également du Maroc.

En plus du tabac à chicha, le tabac à priser et à chiquer revient sur le marché illégal, décliné sous différentes saveurs : vanille, fraise …

Olivier Dussopt : Il y a une forte augmentation de la consommation et de la vente illégale de ces tabacs à un public jeune. Nos services travaillent dessus avec beaucoup d’attention car, en plus de la contrebande, il y a aussi de la contrefaçon de mauvaise qualité.

Depuis le 31 juillet, il est interdit d’acheter plus d’une cartouche de cigarettes à l’étranger. Cette mesure, qui fait le bonheur des buralistes (voir 31 juillet) ne fait-elle pas aussi celui des contrebandiers ?

Olivier Dussopt : Non, car cette mesure permet surtout aux douaniers de verbaliser dans le cadre de trafic entre particuliers. Aujourd’hui, si vous êtes arrêté à une frontière avec plus d’une cartouche de cigarettes, vous êtes en « présomption commerciale ». Ce petit trafic de particuliers nuit aux buralistes tout comme à l’État et à la Sécurité sociale, qui ne récupère pas ses taxes.

Quel est le coût en termes de pertes pour l’État ?

Olivier Dussopt : Donner le manque à gagner total est compliqué. On estime cependant que chaque paquet de contrebande vendu représente une perte de 7,70 euros de recette fiscale ou sociale. Sur ces 7,70 euros, 6,15 euros devraient être alloués à la Sécurité sociale.