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30 Sep 2020 | Trafic
 

400 millions de paquets de cigarettes de contrebande et de contrefaçon en France … Deux milliards d’euros de revenus pour les organisations criminelles qui contrôlent le trafic …

Depuis deux ans, les trafics de contrebande se réduisent alors que l’accélération de la contrefaçon est assez marquée (voir 27 et 18 juin). 

Dans une interview au Télégramme (qui en fait sa une), Daniel Bruquel (chef du service prévention du commerce illicite de Philip Morris France) alerte sur un phénomène lié à l’augmentation des taxes sur le tabac. Extraits.

•• Confinement et trafic

« Le trafic de contrefaçon n’a pas ralenti : le recours aux réseaux sociaux a été massif avec jusqu’à 800 annonces par mois de vendeurs organisés, soit quatre fois plus qu’en 2019. 

« Ces groupes comptent chacun 20 000 membres, ce qui représente une zone de chalandise de 16 millions de personnes  ! « Le mode opératoire s’est aussi très vite adapté en proposant de la livraison à domicile et du drive, qui rendent le produit facilement accessible.

•• Les réseaux à l’œuvre

« Il y a d’abord des fumeurs qui se fournissent à l’étranger pour leur consommation personnelle et évoluent vers de la vente à leurs proches, voire sur les réseaux sociaux. Il y a ensuite de la contrebande qui vient d’Afrique du Nord pour être revendue dans des spots connus.

« Le volet le plus sophistiqué est celui opéré par de la criminalité organisée pure et dure. Les flux qui arrivent en France proviennent d’Espagne et surtout de Belgique et des Pays-Bas : ces pays disposent de grandes zones industrielles, dans lesquelles il est facile de s’installer, et de voies de transports rapides vers la France et le Royaume-Uni, les marchés les plus lucratifs d’Europe.

« Historiquement, ces groupes opéraient depuis l’Ukraine. Mais le conflit avec la Russie, en 2014, les a obligés à s’installer en Pologne et en Roumanie, ce qui leur a permis de s’implanter au sein de l’UE, avec des usines et des espaces logistiques. 

« Ce sont en fait plusieurs groupes différents, structurés comme pour le trafic de stupéfiants. Ils implantent une usine où ils opèrent pendant trois à six mois pour produire en flux tendus. Ils la démantèlent ensuite pour s’installer ailleurs (voir 29 juin). Ils utilisent une distribution fine avec des camionnettes pour éviter, en cas de saisie, des peines trop lourdes. Un mouvement permanent qui complique le travail des autorités (…)

•• Les solutions

« Il faut au moins tarir la demande avec une stabilité des taxes afin de ne pas augmenter le décalage avec le prix des produits contrefaits » cite en premier Daniel Bruquel. « D’autres leviers sont actionnés comme l’amende de 135 euros sanctionnant les acheteurs à la sauvette ou l’abaissement de l’importation autorisée à une cartouche ».

« Il est urgent d’agir plus fortement sur l’offre (…) la priorité des Douanes doit aussi apparaître dans un alourdissement des peines encourues par les trafiquants et dans les moyens d’enquête déployés par la police et la gendarmerie pour démanteler les réseaux criminels à l’œuvre ».