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25 Fév 2019 | Profession
 

À l’occasion de la présentation, ce matin, du bilan de la Douane (voir Lmdt du 25 février) et avant une augmentation des prix du tabac au 1er mars, Le Figaro fait le point avec Philippe Coy sur l’évolution du réseau des buralistes. Nous reproduisons cet interview réalisé par Christophe Cornevin. 

Le Figaro : Quelle est la situation des buralistes, pris en tenailles entre la hausse des taxes et la poussée des trafics ?

 Philippe Coy : Il y a beaucoup d’inquiétude, même si l’état des lieux reste globalement satisfaisant. 2018 a été une année emblématique, marquée par une pression fiscale d’envergure et une augmentation de 1 euro du prix du paquet. Notre réseau est contraint d’évoluer car les 24 500 buralistes qui le composent vivent dans la crainte de voir le marché légal se détériorer encore.

Je rappelle que notre profession est marquée par une décroissance de 500 points de vente par an, sachant que l’hémorragie a commencé dès 2003 avec le plan de lutte contre le cancer lancé par Jacques Chirac, qui s’était traduit par une hausse de 40 % du prix du tabac. Le réseau s’est retrouvé dans un cyclone et certains de nos clients ont modifié leur comportement, en allant vers un marché parallèle très déstructurant puisqu’il industrialise des trafics depuis la Belgique, l’Espagne, le Luxembourg ou encore la Biélorussie.

Le Figaro : Un protocole d’accord négocié en février 2018 avec le ministre Gérald Darmanin ne devrait-il pas changer en profondeur l’écosystème des buralistes ?

Philippe Coy : Si, d’abord parce qu’il offre pour la première fois une visibilité sur les futures évolutions fiscales, donc les prochains ennuis qui nous attendent, à commencer par le prix du paquet fixé à 10 euros en 2020. Le protocole permet en outre plus de sécurité avec un complément de remise de + 0,8 % prévu dès que le chiffre d’affaires sur le tabac baisse de 15 %. Ce filet de secours était indispensable pour soutenir les points de vente en proie à une chute violente du marché. Je pense notamment à nos collègues des zones frontalières, en Meurthe-et-Moselle, dans le Haut-Rhin ou encore les Pyrénées-Orientales. L’accord passé avec l’État s’est aussi traduit par une vraie intensification de la lutte opérationnelle contre des trafics qui se sont étendus jusqu’au cœur du pays.

Le Figaro : L’accord va aussi permettre de transformer en profondeur le métier des buralistes ?

Philippe Coy : Cela va être une petite révolution ! Le buraliste évolue déjà puisqu’il exerce une dizaine de métiers : outre le tabac, il vend de la presse, des jeux, des produits fiscaux et s’est même lancé dans la néobanque Nickel, abritée chez nos collègues pour décloisonner les standards de notre commerce. Nous systématisons aussi l’offre de produits nouvelle génération comme ceux liés au vapotage.

 Notre réseau, le seul qui va encore jusqu’aux centres-bourgs des zones rurales et qui accueille 10 millions de clients par jour, va offrir une multitude de nouveaux services de « grignotage » mais aussi de relais de l’administration, aux côtés des maisons de service public ou en s’associant, dès le mois prochain, au plan sur l’inclusion numérique sur lequel travaille le secrétaire d’État Mounir Mahjoubi. À l’avenir, nous allons sortir du mode « buralo-buraliste » pour devenir le drugstore du quotidien des Français en mettant l’accent sur le service, le contact et en offrant du lien social.