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15 Mai 2018 | Trafic
 

« Cigarettes : derrière les chiffres … » Le quotidien Sud-Ouest publie ce jour une grande enquête (double page et appel de « une ») sur le marché parallèle du tabac. Notamment en Nouvelle-Aquitaine où trois paquets sur 10 proviendraient de l’étranger. 

•• L’enquête démarre sur la place Arnaud-Bernard à Toulouse (voir Lmdt du 30 décembre 2017). Avec ses nuées de revendeurs à la sauvette, malgré les agents municipaux et les caméras de vidéo-surveillance. Avec des clients sans scrupule tendant furtivement un billet de cinq euros contre un paquet de Philip Morris : même « quelques jeunes cadres profitent de leur pause déjeuner pour se réapprovisionner sur l’étal de ce vaste marché noir ».

« Nos ventes baissent et pourtant nous croisons toujours autant de fumeurs… Il y a forcément un problème, non ? » constate un couple de buralistes, installé depuis seize ans dans le quartier.

•• Et Sud-Ouest de citer des chiffres. Le gouvernement reconnaît lui-même qu’un quart des cigarettes grillées dans l’Hexagone ne sont plus achetées chez les buralistes.

Certains experts font même de la France le premier pays consommateur de contrebande en Europe. Selon le cabinet KPMG, 9 à 10 milliards de cigarettes seraient désormais vendues à la sauvette, près du double en ajoutant le duty-free et celles ramenées plus ou moins légalement des États voisins.

•• Outre les particuliers multipliant les virées transfrontalières, « c’est une sorte de multinationale de la clope à pas chère qui désormais tisse sa toile » depuis l’Asie, le Maghreb et surtout l’Europe de l’Est.

• Si la Chine, spécialiste du tabac contrefait, jure fermer quelque 2 000 ateliers illégaux chaque année, les faubourgs industriels de l’ex-URSS n’ont pas manqué d’assurer leur reconversion clandestine. Selon un rapport récemment déposé sur le bureau du Premier ministre, 250 des 300 usines de tabac de l’ère soviétique ont ainsi basculé. « Rachetées par des groupes criminels après la chute du mur de Berlin », assure l’Observatoire des drogues et toxicomanies.

Recyclage qualifié d’« idéal », tant « les cigarettes sont fortement taxées et faciles à transporter, quand les peines encourues restent sans comparaison avec celles du trafic de stupéfiants ».

• Si l’Algérie continue d’arroser le marché français, les Pays de l’Est ne sont pas en reste, notamment en Aquitaine. Selon les prélèvements effectués cet hiver et commandités par Seita Imperial Tobacco, 30 % du tabac de contrebande fumé à Mont-de-Marsan et à Bordeaux en serait d’ailleurs issu.

À l’autre bout de la chaîne contrebandière, les derniers maillons n’en ont cure. Les rares parenthèses judiciaires ne troublent guère ici les vocations, qu’importe si quelques maladroits restent parfois coincés dans les trop larges mailles du filet policier (voir Lmdt du 23 juillet 2017).

•• Auto-entrepreneur de la contrebande ou bien petite main d’un réseau mafieux ? La vérité est à mi-chemin selon Hervé Natali, Expert Prévention et Actions contre les trafics de Seita (voir Lmdt du 11 avril). Exemples : les nombreuses pages Facebook de revendeurs organisant leurs précommandes en ligne, comme celles donnant rendez-vous chaque dimanche, sur le parking d’un hypermarché près d’Agen ; le retour de la contrebande à dos d’homme parmi les hauts sentiers pyrénéens, plusieurs dizaines à randonner quotidiennement (voir Lmdt des 25 mars et 18 février). « Derrière ces bêtes de somme – des types dans la merde ou bien des sans-papiers – il y a d’abord des petits caïds », explique un gendarme de l’Ariège.

•• Agacé par la baisse paradoxale des saisies douanières (238 tonnes l’an dernier), le ministre Darmanin ne s’y est pas trompé en décrétant la contrebande de tabac « priorité du quinquennat », conclut l’enquête de Sud-Ouest.