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21 Août 2020 | Profession
 

Le fabricant de Lucky Strike et Dunhill accuse Japan Tobacco International (Camel, Winston…) de vendre des cigarettes mentholées, interdites depuis mai. Une enquête est ouverte, annonce un article de Mathieu Pelloli dans Le Parisien / Aujourd’hui en France de ce vendredi 21 août. Nous le reproduisons intégralement.

Les industriels du tabac n’ont-ils pas joué le jeu ? Plusieurs cigarettiers ont-ils contourné l’interdiction, entrée en vigueur le 20 mai, de proposer à la vente des cigarettes mentholées ? C’est ce que suspectent les pouvoirs publics. Selon nos informations, une enquête a été lancée par la Direction générale de la santé (DGS). « Les autorités ont déclenché pour la première fois la procédure prévue par le Code de la santé publique, qui concerne plusieurs fabricants », confirme la DGS.

•• Si des fabricants de cigarettes ont peut-être enfreint la loi, au risque de lourdes sanctions pénales, c’est que le marché des « mentholées » est particulièrement lucratif. Dans l’Hexagone, il représentait ainsi 8 % des ventes. Une manne, à l’heure où les industriels tentent d’absorber les hausses du prix du paquet passé à 10 euros au printemps.

•• Les géants du tabac ne se font donc aucun cadeau. « Certains continuent de mettre sur le marché des produits contenant du menthol », dénonce ainsi British American Tobacco (BAT) chiffres à l’appui : 12,5  % des anciens fumeurs de menthol se seraient, affirme BAT, tournés vers les nouvelles cigarettes Camel Shift Fresh et Winston Xshere Fresh qui contiendraient des résidus de menthol.

•• Numéro deux mondial du tabac (Lucky Strike, Dunhill, …), BAT s’appuie sur une étude qu’il a fait réaliser par « un institut français spécialisé ». Résultat ? « Le panel de fumeurs a significativement identifié la caractéristique mentholée de ces produits », assure BAT.

« Les cigarettes de Japan Tobacco International (JTI) commercialisées depuis le 20 mai 2020 sont en parfaite conformité avec la loi » rétorque de son côté JTI, joint par notre journal. « Toutes les informations relatives aux composants de tous nos produits ont été communiquées aux autorités avant leur mise sur le marché, garantissant une transparence totale. »

•• Mais comment un tel imbroglio est-il possible, alors que les cigarettes mentholées ne sont plus autorisées ? « La loi interdit la référence de produits du tabac contenant un arôme caractérisant, elle n’interdit pas chimiquement la présence de menthol » explique Pascal Marbois, le directeur affaires publiques de BAT. « Certains ont exploité cette faille et les fumeurs s’en sont vite rendu compte. Il y a un vide juridique qui nous rend victime d’une probable forme de concurrence déloyale … »

Bien sûr, il est ici davantage question de gros sous que de santé publique. Fin juin, les cigarettes à base de menthol résiduel avaient en effet conquis 2,2 % de parts de marché (étude Grail Agency), soit plus de 51 millions d’euros de chiffres d’affaires. Officiellement, BAT préfère « accompagner les anciens fumeurs de menthol vers des produits à risques réduits comme le vapotage ». Mais si demain, la DGS validait les produits de la concurrence, il s’agirait d’organiser la riposte…

•• BAT et JTI, d’ailleurs, ne sont pas les seuls à se tirer dans les pattes et à attendre impatiemment les résultats de l’enquête … La sonnette d’alarme « pour des cigarettes au menthol sur le marché français » a été tirée par plusieurs cigarettiers, indique à notre journal le ministère de la Santé. Qui ajoute : « L’analyse du registre des produits du tabac a permis d’identifier une liste de produits susceptibles de comporter du menthol et de se trouver sur le marché français. »

«  À de nombreuses reprises, le président Macron a déclaré à son gouvernement son intention de rendre plus efficace l’application des lois » insiste Pascal Marbois. « Le ministère de la Santé a une occasion idéale de mettre cette philosophie en pratique en effectuant rapidement les tests nécessaires. » Un cigarettier qui presse la DGS de faire son travail, la cocasserie risque de faire s’étouffer au ministère de la Santé.