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10 Mai 2019 | Profession
 

Nouvel article à charge de Libération contre les fabricants de tabac. Avec des déclarations allant toujours dans le même sens. Extraits.

« La moutarde commence à monter au nez de divers parlementaires, ici ou ailleurs. Comme François-Michel Lambert (voir Lmdt du 4 avril), Xavier Iacovelli (voir Lmdt du 26 avril), Philippe Juvin (voir Lmdt du 21 avril) ou encore Michèle Rivasi (voir Lmdt du 21 avril), mais pas un seul élu LREM …

« Tous indignés contre le business des géants du tabac, et surtout le lobbying qui va avec. Depuis quelques jours, quelques semaines, quelques mois, ils multiplient les questions écrites, lettres ouvertes et autreS demandes d’enquêtes parlementaires. Auprès de l’Élysée, de Bercy, de Bruxelles. L’absence de réponse officielle ne fait que renforcer leur conviction : l’industrie du tabac aurait gangréné les démocraties française et européenne, rien de moins.

•• « Sur le simple plan budgétaire, la cigarette rapporte 15 milliards d’euros par an à l’État français, sous forme de taxes et de redevances diverses, quand le tabagisme coûterait 130 milliards à notre système de santé. Bilan très négatif, donc. Dans une stricte logique de pollueur-payeur, les fumeurs – et surtout les fabricants qui les alimentent – devraient payer derechef. Sauf que le lobby du tabac – encore plus puissant que ceux de l’alcool ou des pesticides, c’est dire – persiste en son œuvre. Revue des détails qui fâchent (…)

•• « Pour rééquilibrer les comptes, il faudrait porter le prix du paquet de clopes entre 40 et 50 euros… « Il n’est plus possible que les 75 % de non-fumeurs financent les profits amoraux des cigarettiers qui partent dans les paradis fiscaux nourrir grassement les actionnaires pendant que les assurés sociaux financent les cancers », s’insurge à raison le député Lambert – (et c’est un fumeur qui écrit cet article). Il aimerait donc faire passer les industriels à la caisse : « Il est temps que seul le tabac finance les coûts indirects et induits du tabagisme. » Plutôt que d’augmenter toujours plus le prix du paquet, au risque d’entamer le pouvoir d’achat de fumeurs ayant parfois l’occasion de revêtir un gilet jaune, il envisage de ponctionner directement les véritables profiteurs. On lui souhaite bien du courage.

•• « C’est le cœur du sujet, à Paris mais surtout à Bruxelles. « Le débat sur le commerce parallèle des cigarettes est un double révélateur » diagnostique Michèle Rivasi, « celui des limites institutionnelles de l’UE et de l’exploitation que peut en retirer un lobby aussi puissant, organisé et riche que celui du tabac. » Début avril, elle aussi a tenté d’organiser un colloque parlementaire à ce sujet, qui aurait été pertinent avant les élections européennes, avant d’y renoncer – partie remise. François-Michel Lambert traduit : « on connaît la capacité de la Commission européenne à être influencée par les lobbys. Mais ce qui est étonnant, c’est que le gouvernement français suive sans rechigner. Seuls le lobby du tabac et ses alliés s’en réjouissent ! » Xaxier Iacovelli, donnant le coup de pied de l’âne : « on a trop fait preuve de mansuétude vis-à-vis des marchands de tabac. Il faut que cela cesse avant que cela ne devienne de la complicité. » (…)

•• « Depuis l’augmentation massive des taxes sur le tabac, pour des raisons autant sanitaires que budgétaires, portant le paquet de clopes à plus de dix euros, le marché parallèle explose. Via Andorre ou la Belgique, pays à plus faible fiscalité en la matière. Le manque à gagner pour les États voisins serait de 15 milliards d’euros à l’échelle européenne, dont 3 pour la France. L’outil permettant de lutter contre ce trafic est pourtant là, sur la table, depuis le protocole de 2013 à une convention de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), théoriquement en vigueur depuis l’été 2017 via sa ratification par plus de 40 États signataires : il s’agit d’apposer sur chaque paquet un mouchard permettant de suivre son parcours, de l’usine au débitant de tabac, histoire de vérifier si les géants du secteur n’alimenteraient pas volontairement le marché parallèle. Mais l’OMS insistait sur un point essentiel : la traçabilité devra être assurée par un organisme indépendant (…)

•• « Chaque année, quelque 6 000 milliards de mégots sont jetés dans la nature (dont 60 milliards pour la seule France). Ils mettent une douzaine d’années à se dissoudre plus ou moins. On peut toujours tenter de faire payer les fumeurs, de les verbaliser sur la voie publique en flagrant délit. Mais autant vider la mer avec une petite cuillère. Établissons un parallèle yaourtier : chaque pot en plastique fait l’objet d’une taxe de 30 centimes versée à l’organisme Eco-Emballages, chargé du recyclage. Libre à Danone ou autre fabricant de produits laitiers de la refacturer ensuite au consommateur. « Si on taxe les pots de yaourt, pourquoi pas les mégots ? » fait mine de s’interroger le député des Bouches-du-Rhône, François-Michel Lambert (…)

•• « Il faut dénoncer l’optimisation fiscale des fabricants de tabac dans chacun des pays de l’UE », s’insurge le député François-Michel Lambert. Il envisageait de se greffer sur le projet de loi gouvernemental visant à taxer les Gafam, autres adeptes du nomadisme fiscal, à hauteur de 3 % de leur chiffre d’affaires. Avant de renoncer. Caramba, encore raté : il faudra donc attendre une autre fenêtre parlementaire d’ici la fin de l’année ».