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6 Nov 2018 | Profession
 

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, professeurs, essayistes et entrepreneurs qui interviennent régulièrement dans le débat public (voir Lmdt des 26 juillet 2018 et 20 mars 2017).

Ils viennent de publier sur Atlantico une tribune sur le sujet du moment : le pouvoir d’achat. Alors que le montant atteint par les prélèvements obligatoires a atteint 1 000 milliards d’euros en 2017 et qu’en 2018 d’autres postes de dépenses – et on voit tout de suite lesquels – vont alourdir la facture sur les contribuables. Extraits :

•• « D’un côté, le Gouvernement, et en particulier Gérald Darmanin, qui n’est plus ministre du budget mais du pouvoir d’achat, se présente comme le défenseur du porte-monnaie des Français. Ceux-ci sont à juste titre exaspérés par le racket fiscal, et estiment à 84 %, si l’on en croit un sondage, que leur pouvoir d’achat n’augmentera pas sous le quinquennat d’Emmanuel Macron.

D’un autre côté, le Gouvernement poursuit le matraquage tous azimuts de ceux qui, loin des salons parisiens, pour reprendre l’expression châtiée de Monsieur Griveaux à l’égard de Laurent Wauquiez, « fument des clopes et roulent en diesel » (voir Lmdt du 4 novembre 2018).

•• (…) Premièrement, ce montant astronomique – de 1000 milliards d’euros – doit être mis en regard du principal problème de notre économie, que les gouvernements clientélistes ont soigneusement évité de traiter au cours des dernières décennies : le poids de la dépense publique, et en son sein, des dépenses de personnel. (…) Le « nouveau monde » s’inscrit dans cette veine qui n’a, à ce stade, pris aucune mesure significative de réduction des dépenses publiques et qui, pour équilibrer ses finances, doit continuer à puiser dans les poches des Français. 

•• « Deuxièmement, la politique fiscale à la petite semaine se poursuit. La simplification fiscale, si urgente, avance à pas de tortue (suppression au compte-gouttes de taxes à rendement souvent inférieur au coût de collecte). 

« Le Gouvernement n’a pas non plus renoncé à la déplorable habitude – qu’il n’a pas inventée mais dans laquelle il se complaît – d’habiller l’impôt, qu’il conçoit d’abord et avant tout comme un moyen de colmater les brèches budgétaires, avec des bons sentiments de politiques publiques. 

« C’est le cas en matière de fiscalité énergétique, où l’on sent poindre le ras-le-bol des français à la pompe.

« C’est aussi le cas en matière de fiscalité sur le tabac, qui, faut-il le rappeler, rapporte déjà plus de 14 milliards d’euros à l’État chaque année. La lutte contre les excès du tabagisme est un objectif qui fait consensus. 

Pour autant, outre les mesures vexatoires (zèle en matière de transcription de la directive européenne portant sur le paquet neutre), en multipliant les mesurettes techniques mal ficelées (prélèvement d’une nouvelle contribution sur les distributeurs mais à la charge des fabricants / voir Lmdt du 30 juin 2018)  – ou encore l’avancée d’un mois des hausses fiscales de début d’année 2019 et 2020 / voir Lmdt du 12 octobre 2018), le Gouvernement  a, à l’évidence, plus en tête le gain de trésorerie de 500 millions d’euros que la protection de la santé publique (…)

•• « Troisièmement, et surtout, si l’on s’inquiète un jour du matraquage fiscal, ce n’est jamais pour les bonnes raisons. Jamais parce que le pouvoir en place, quel qu’il soit, finit par se rendre compte que les Français ont mieux à faire qu’à se débattre dans les méandres d’une fiscalité à la complexité kafkaïenne (…) Jamais parce que nos gouvernements, qui depuis mars 1982 (décentralisation) et 1992 (Traité de Maastricht et principe de subsidiarité) tournent le dos à l’État central, n’en tirent la conclusion évidente qui veut que l’argent des Français serait mieux utilisé (consommation des ménages, investissement des entreprises) si l’on leur laissait plus la capacité d’en décider à un niveau microéconomique que dans des bureaux à Bercy (…) 

•• « Quatrièmement, et c’est sans doute le plus terrible, comment ne pas voir dans l’attitude du Gouvernement l’expression de ce qu’il faut bien appeler un mépris de classe ? Car derrière la logorrhée post-moderne tendance bobo qui veut que les Français qui – selon leur bon plaisir, fument, boivent, ne vivent pas dans les métropoles interconnectées, ont l’outrecuidance de ne pas rouler en Tesla – sont finalement des imbéciles, s’exprime, au travers de Benjamin Griveaux, la déconnexion fantastique et délétère entre les élites parisiennes et ce qu’il faut bien appeler le pays réel.

•• « En définitive, en fait de « nouveau monde », le rapport qu’entretient ce Gouvernement à l’impôt et au pouvoir d’achat s’inscrit dans la continuité parfaite de l’« ancien monde ». Quand par exemple Laurent Fabius en 1999 s’inquiétait que « la gauche puisse être battue par les impôts », le pouvoir en place ne s’inquiète de l’impôt non pas tant quand il est injuste, excessif, compliqué, désincitateur … mais bien surtout quand électoralement il ne paye plus ! Car hélas, trois fois hélas pour le Gouvernement, les « sans dents » votent quand même … »