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25 Juil 2019 | Profession
 

« On peut déjà y acheter des timbres, des billets de train ou récupérer un colis postal … Et on pourra bientôt y payer ses impôts ! Les buralistes se verront bientôt confier ce nouveau service. » Ainsi, démarre un article du Parisien, suite à l’annonce de Gérald Darmanin sur une nouvelle mission fiscale confiée aux buralistes (voir Lmdt des 24 et 23 juillet).

« Mon ambition est de devenir le drugstore des Français, à savoir un espace marchand mais aussi un lieu de fourniture de services publics » y explique Philippe Coy.

•• En France, les buralistes ont un statut un peu particulier, différent du commerce classique, rappelle le quotidien. Leur métier premier, à savoir la vente de tabac, est un monopole d’État … sauf que le nombre de fumeurs a baissé ces dernières années, tout comme le nombre de paquets de cigarettes vendus.

Depuis plusieurs années, le nombre de produits en vente et de services rendus dans les bureaux de tabac s’est donc multiplié : timbres fiscaux, billets SNCF, ouverture d’un compte bancaire « Nickel », etc. « On suit l’évolution des marchés et des services publics. Il y a 70 ans, on ne vendait que des cigarettes brunes » souligne Philippe Coy.

•• Alors, ce nouveau service s’apparente-t-il à un accord gagnant-gagnant-gagnant, entre l’État, les buralistes, et les usagers ?

Car cela pourrait aussi permettre de remédier à la désertification en milieu rural. Pour ces Français qui habitent dans des villages ou des lieux assez isolés, où il n’y a souvent pas de bureau de poste ou de centre des impôts, la fameuse carotte rouge est parfois le seul lieu possible où bénéficier de différents services, peut-t-on lire à la suite de l’article.

•• « C’est de la fumisterie » tonne Christophe Couderc, secrétaire national de la CGT Services publics, « c’est scandaleux que l’État soit en incapacité de fournir des missions d’intérêt général. Il y a quelques années, le maillage territorial faisait qu’on avait un centre des impôts dans tous les cantons, et des collègues se déplaçaient dans les mairies pour faire de la permanence ».

•• « Ce n’est pas vraiment une privatisation, mais plutôt une forme de concession d’un service public, car le contrat avec les buralistes pourra toujours être révoqué » estime Luc Rouban, politologue au CEVIPOF et spécialiste de la fonction publique.

•• Reste la question de la formation. Vente d’un paquet de cigarettes ou d’un journal, remise d’un colis, paiement d’une amende, ses impôts ou d’ouvrir un compte bancaire … « Comment voulez-vous qu’un buraliste puisse agir pour des secteurs aussi différents et apporter un véritable service ? Ce sera fait au rabais » poursuit Christophe Couderc.

Philippe Coy répond que les buralistes seront préparés, d’ici janvier prochain, concernant le paiement des impôts, notamment via une formation en ligne : « il suffira ensuite de scanner le document Cerfa du client et lui faire régler 50 ou 100 euros. C’est comme avec un timbre fiscal pour payer une amende. Donc on sait déjà faire » assure-t-il.

•• Les usagers seront-ils sensibles à toutes ces problématiques ? Pas forcément, à en croire Luc Rouban : « le problème numéro un pour eux, c’est la proximité, pas de savoir si c’est l’État, la collectivité ou le prestataire privé qui fournit le service ».