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10 Fév 2018 | Associations
 

« Notre objectif, c’est qu’on en parle et que les Français comprennent quel est le comportement de cette industrie », a déclaré vendredi à l’AFP le professeur Yves Martinet, président du CNCT. « Le but de cette industrie, c’est de rendre les gens accros à la nicotine pour qu’ils reviennent acheter leur drogue » (voir Lmdt du 9 février).

•• La plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » vise les filiales françaises des quatre grands cigarettiers, Philip Morris, British American Tobacco, Japan Tobacco International et Imperial Brands (dont Seita est une filiale).

Elle a été déposée le 18 janvier auprès du parquet de Paris, a précisé à l’AFP l’avocat du CNCT, Pierre Kopp.

•• Objet de la plainte : « l’existence de minuscules trous » dans les filtres de cigarettes destinés à « falsifier les tests » en agissant comme un « système de ventilation invisible », selon la plainte consultée par l’AFP.

« Ce dispositif de micro-orifices dans le filtre des cigarettes empêche les autorités de savoir si les seuils de goudron, de nicotine et de monoxyde de carbone qu’elles ont fixés sont dépassés », fait valoir le CNCT, qui dénonce un « filtergate » (scandale des filtres). Selon lui, les taux baissent artificiellement lorsque les cigarettes sont testées sur des machines car les substances dangereuses sont diluées dans l’air que laissent passer les micros-trous.

Or, selon le CNCT, cette dilution n’a pas lieu quand la cigarette est fumée par un individu car les perforations au laser sont alors bouchées par les doigts et les lèvres du fumeur.

Résultat : « la teneur réelle en goudron et nicotine inhalée par les fumeurs serait entre deux et dix fois supérieure pour le goudron et cinq fois supérieure pour la nicotine », écrit le CNCT dans sa plainte. « Les fumeurs qui pensent fumer un paquet par jour en fument en fait l’équivalent de deux à dix », poursuit-il.

•• Sollicités par l’AFP, les quatre cigarettiers Philip Morris, Seita, Japan Tobacco International (JTI) et British American Tobacco (BAT), n’ont pas souhaité faire de commentaire, expliquant « ne pas avoir reçu notification de la plainte ».

Par ailleurs, Seita, BAT et JTI ont souhaité rappeler chacun « commercialiser des produits en conformité avec la loi, faisant l’objet de contrôles réguliers par les autorités sanitaires », et que « les teneurs en goudron, nicotine et monoxyde de carbone sont analysées plusieurs fois par an » (voir Lmdt du 9 février).

•• Selon le CNCT, des procédures similaires ont été entamées aux Pays-Bas et en Suisse par des associations.

L’existence de « trous de ventilation » dans les filtres à cigarettes n’est pas nouvelle. Elle date, selon le CNCT, de la fin des années 50, époque où les États-Unis ont commencé à imposer les mesures du goudron et de la nicotine.

•• La mention des taux de goudron et de nicotine ne figure plus sur les paquets vendus en France depuis l’apparition du paquet neutre le 1er janvier 2017.

Le tabac, responsable de cancers et de maladies cardiovasculaires, tue quelque 75.000 Français chaque année.