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6 Mai 2019 | Profession
 

Titre alléchant et frustration en conclusion.

Comme beaucoup d’articles généraux sur le secteur du tabac, celui qui vient de paraître dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles (du 2 au 8 mai) nous laisse sur notre faim.

Le titre est fort : « la guerre du tabac aura bien lieu ». La conclusion s’avère banale et déjà entendue. En substance : sous les pressions sociétales et gouvernementales … les fabricants continuent à tirer leurs marrons du feu et tout irait vraiment mieux pour la santé publique s’il y avait une traçabilité indépendante des produits du tabac … Un peu court, quand même.

•• Tout cela, à travers une énumération rapide des différents « coûts du tabac » en passant par l’évocation confuse de l’arrivée des nouveaux produits, assortie d’un traitement brouillon des problématiques représentées par le marché parallèle.

Pas un mot d’analyse sur les politiques publiques anti-tabac et leurs efficacités relatives. Le mot buraliste n’apparaît pas une fois.

•• Nous en extrairons quelques citations sourcées :

sur la transformation de Philip Morris : « notre rêve, c’est un monde sans cigarette » (…) « mais sans l’aide des fumeurs, de l’opinion publique et du Gouvernement, on n’y arrivera pas. Notre ambition est de convertir tous les fumeurs adultes qui continuent et continueront de fumer à de meilleures alternatives. Cela nécessite aussi une grande transformation de l’entreprise : faire en sorte que nous puissions accompagner ce changement de l’intérieur » (Jeanne Pollès, présidente de Philip Morris France) ;

sur le traitement des mégots : « nous adhérons au principe pollueur-payeur, mais l’important, c’est de ne pas polluer. On cherche à comprendre pourquoi les gens jettent leurs mégots, comment les sensibiliser par des campagnes ou mettre du matériel urbain à disposition.

« Là où on s’interroge, c’est quand le consommateur continue malgré tout à jeter sa cigarette, c’est alors lui le responsable. Ce qui me gêne aussi, c’est quand on veut nous faire prendre en charge le nettoyage des rues : au prorata de quoi ? On va compter le nombre de cigarettes par fabricant ? Le nombre de canettes de soda ? » (Éric Sensi-Minautier, directeur de la Communication et des Affaires juridiques pour l’Europe de l’Ouest chez British American Tobacco) ;

sur le coût de la lutte anti-tabac : « les cigarettiers devraient prendre en charge la plupart des coûts liés au tabagisme dont ils sont responsables, à commencer par la prévention. Il y a un manque cruel de volonté politique pour récupérer cet argent. » (Michèle Rivasi, député européenne Écologie-Les Verts) ;

sur les sources du marché parallèle du tabac : « il y a d’abord le tourisme, avec le fait de rapporter chez soi, pour sa consommation personnelle, des cigarettes de l’étranger. Et puis, il y a une structuration criminelle, qui se fonde sur une chaîne d’approvisionnement, des gens qui vont dans le réseau légal d’autres pays et font le voyage pour 100 ou 200 cartouches (…)

« Il y a un véritable phénomène de confiance à travers des sites Internet qui proposent des cigarettes en France. Les sites les plus connus, dont certains ont été fermés à la suite de nos dépôts de plainte, tournent à 200 000 connexions de consommateurs français par mois. Les réseaux sociaux jouent également un grand rôle, avec des groupes de revente qui se constituent, notamment sur Facebook » (Daniel Bruquel, chef du service Prévention et Lutte contre le Commerce illicite chez Philip Morris France) ;

sur la traçabilité des produits du tabac : il existe « une forme de collusion entre le lobby du tabac et la Commission européenne et un non-respect par l’Union européenne d’un certain nombre de règles » (…) « le protocole de l’OMS serait à même de contrôler » les sur-livraisons dans certains pays (Younous Omarjee, député européen La France Insoumise) ;

« Le système actuel de traçabilité est extrêmement poussé, je ne vois pas d’incompatibilité entre les normes OMS et celles de l’Union européenne sur la traçabilité, la Commission l’a d’ailleurs confirmé » (Éric Sensi-Minautier).