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2 Juin 2012 | Observatoire, Profession
 

Les revues de presse de ce samedi 2 juin évoquent le traitement privilégié accordé par Le Monde de ce jour à certaines révélations concernant les documents de l’industrie cigarettière américaine : grand titre « leader » en une de l’édition principale ; 4 pages dans le supplément Sciences & Techno. Comme annoncé la semaine dernière (voir Lemondedutabac du 27 mai).

En fait, il est expliqué comment des scientifiques français de premier plan ont accepté de voir une partie – relativement petite – de leurs travaux ou de leurs laboratoires, financée par l’industrie du tabac. Il s’agit, notamment, de Jean- Pierre Changeux (neurobiologiste à l’Institut Pasteur, ancien professeur au Collège de France), de Jean-Pol Tassin (neurobiologiste, directeur de l’Inserm – Institut national de la santé et de la recherche médicale – et président du Conseil scientifique de la Mildt – Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies -) et de Robert Molimard (professeur de médecine, fondateur de la Société de Tabacologie).

Plusieurs points ont attiré notre attention. Ils nuancent les grands titres de l’article, repris dans les revues de presse.

• A la lecture de ce dossier, il n’y a pas de « révélations », au sens propre, ces informations étant disponibles depuis un certain temps sur un site hébergé par l’université de Californie, dans le cadre de la procédure opposant 46 États américains aux majors du tabac.

• S’il y est expliqué qu’il y a bien eu financements, il n’est pas démontré comment ceux-ci auraient influencé ou tronqué les résultats des travaux scientifiques évoqués.

• Jean-Pierre Changeux y insiste sur la transparence de ses relations avec l’industrie du tabac, tant vis-à-vis de l’institut Pasteur que dans la publication des articles de ses recherches sur les différents effets de la nicotine.

• Jean-Pol Tassin explique qu’il a été consulté par l’industrie du tabac, au titre d’expert : « ils ne sont pas intervenus dans nos travaux et notre financement n’était pas conditionné aux résultats obtenus ». Autre déclaration reprise par Le Monde : « c’est très intéressant de visiter les usines des fabricants. Ils ont une rigueur extraordinaire, ils vérifient en permanence la qualité de leurs produits. Ils sont infiniment plus rigoureux que n’importe quel scientifique. Ils ont l’argent pour ça ».

• Plus iconoclaste, la position que prend, toujours dans l’article, Robert Molimard : « il y a une infiltration par l’industrie pharmaceutique de tous les organismes de décision dont l’OMS. Ils cherchent à faire du tabagisme passif un problème majeur de santé publique, ce qu’il n’est pas. Cette manipulation scientifique est destinée à permettre la mise en place de lois coercitives qui visent à pousser les fumeurs au sevrage afin qu’ils deviennent les nouveaux clients des laboratoires pharmaceutiques ».

• Dans leur introduction, les auteurs de l’article précisent : « Pour autant que l’on puisse le savoir, les faits mis à jour appartiennent à l’histoire ». Tous les événements  évoqués remontent à plus de 10 ans.

• Ils estiment aussi que ces faits « posent la question, très actuelle, du financement – occulte ou pas – de la recherche publique par des intérêts privés ». Tous les intérêts privés.